Quel Avenir Pour Ces Enfants De Cité Soleil Impliqués Dans Des Gangs ? (6eme et dernière partie)


Haïti-Observateur 18-25 février 2015
Par Rosie Bourget

À l’instar des filles vivant dans les rues de Cité Soleil, les garçons risquent également de subir des abus sexuels et beaucoup ont été victimes de viols commis par des hommes et des petits garçons de la cité plus âgés. Les plus jeunes et ceux qui viennent d’arriver dans la rue sont particulièrement exposés aux agressions sexuelles. Certains cas de viol d’enfants de Cité Soleil font partie du bizutage ou “baptême de feu”. Beaucoup se montrent réticents à parler de la violence sexuelle, réticence encore exacerbée par la stigmatisation et le sentiment de honte car les relations homosexuelles sont considérées comme taboues en Haïti, comme dans de nombreuses régions du pays. Certains garçons avec lesquels nous avons parlé ont toutefois accepté de parler des abus sexuels qu’ils avaient subis dans la rue. Aucun d’eux n’avait officiellement dénoncé le viol ou cherché une aide médicale, en partie, ont-ils expliqué, parce qu’ils étaient trop gênés de signaler ces actes ou ils sentaient que la police ne ferait rien ou pire, qu’elle se moquerait d’eux.

Jean Ronald, onze ans, est parti de chez lui après le décès de sa mère lorsqu’il avait neuf ans. Il a vécu dans les rues de Cité Soleil pendant pratiquement deux ans, avec un groupe de six garçons qui avaient à peu près son âge. Il passait son temps à aider les marchandes de « chen janbe » qui lui donnait à manger, et à jouer avec ses paires. La nuit, ils prenaient leurs boîtes en carton et dormaient aux abords des églises et des bâtiments abandonnés. Jean Ronald nous a raconté que les garçons plus âgés venaient et le sodomisaient, le considérant comme leur “femme.” « Cela m’est arrivé souvent. Parfois on nous promettait de la nourriture ou de l’argent si on était d’accord pour faire cela mais je n’ai jamais rien reçu. D’autres fois, je les laissais me sodomiser en échange de leur protection ou pour partager des espaces pour dormir. C’étaient des hommes différents à différents moments, pas toujours le même homme. Ils n’utilisaient jamais de préservatifs. Quand ils me sodomisaient, cela pouvait faire très mal et me faire beaucoup souffrir. Je prenais souvent de la drogue, comme ça je n’y pensais pas trop. »

Savez-vous qu’une relation parent-enfant inadéquate est l’une des caractéristiques familiales des jeunes à risques d’adhésion aux gangs ? Une approche véritable, compréhensive et terre à terre, jumelée à des programmes d’intervention sociale sont souvent des solutions contre les gangs de rue au sein de communautés défavorisées. Savez-vous comment déterminer si votre enfant est impliqué dans un gang ? Il faut remarquer certains signes mais la clef est d’avoir une bonne communication avec son enfant.

Comment réagir lorsque l’on se fait appréhender par un gang ? Dans la plupart des situations, il ne faut jamais résister, éviter toute altercation et essayer de s’échapper au plus vite de cette situation. Comment aider un ami ou être cher qui a adhéré à un gang ? Il est important de savoir qu’il y a plusieurs ressources disponibles afin de venir en aide à un ami qui veut sortir d’un gang.

Pourrions-nous éviter certains problèmes de violence en investissant dans l’éducation et la prévention ? Certainement. Le droit à l’éducation est garanti par de nombreux instruments internationaux des droits de l’homme, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant.

Ces instruments précisent que l’enseignement primaire doit être “obligatoire et accessible gratuitement à tous.” Unique parmi tous les droits garantis dans le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le droit à l’enseignement primaire est soumis à une disposition spéciale qui oblige l’État “à établir et à adopter un plan détaillé des mesures nécessaires pour réaliser progressivement, dans un nombre raisonnable d’années fixé par ce plan, la pleine application du principe de l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous.

Comme il est expliqué dans le présent rapport, de nombreux enfants ont commencé à chercher du travail ou à passer du temps dans la rue parce qu’ils n’étaient pas à l’école. Le taux élevé de décrochage scolaire et la proportion importante d’enfants en particulier de filles qui ne fréquentent jamais l’école est un sujet de préoccupation grave pour le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qui a relevé qu’en pratique, l’enseignement primaire n’est pas gratuit en Haïti et que les frais de scolarité, les uniformes et le matériel restent trop onéreux pour la plupart des familles. Les frais de scolarité ou autres frais connexes ne devraient jamais mener à la négation du droit à l’éducation ni inciter les enfants à se tourner vers la vie dans la rue. S’il veille à ce qu’un maximum d’enfants puissent aller à l’école en réduisant progressivement, puis en éliminant les frais de l’enseignement primaire qui constituent un obstacle, le gouvernement haïtien pourra remplir ses obligations sur le plan des droits humains et contribuer à empêcher de futures générations d’enfants d’échouer dans la rue.
Pour conclure notre série, on peut dire que la situation des habitants de Cité Soleil est précaire. Les enfants de cette ville vivent dans la saleté et l’insécurité totale. Ils n’ont pas de droits et n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé ou à la sécurité. Ils sont victimes de différents types de violence. Ils sont battus et reçoivent des coups de pied, ils sont victimes de violence sexuelle, tant les garçons que les filles, et ils sont confrontés au risque d’exploitation économique. Les bandits et les gangs, les criminels notoires et l’armée onusienne usent et abusent de ces enfants. Les filles sont particulièrement exposées au viol et aux agressions sexuelles des militaires onusiens et des sentinelles qui gardent les bureaux et les bâtiments la nuit.
Cependant, en dépit de toutes difficultés, tout n’est pas perdu à Cité Soleil, il suffit de créer des liens et un pont de communication durable entre les jeunes et les instances concernées telles, les ministères des affaires sociales, de la jeunesse et au sport, y compris le ministère à la condition féminine pour encadrer les filles. Je suis certaine qu’il y a encore de l’espoir, les autorités haïtiennes sont capables de se prendre en main. Il est essentiel que nous travaillions tous ensemble à créer un monde meilleur pour ces jeunes de Cité Soleil qui le méritent, mais aussi je suis fermement convaincue que l’entraide, la coopération, le sentiment d’appartenance et la volonté qui nous lie avec ces enfants en péril ne peut que croître avec les années. Pour contrecarrer le gangstérisme, donnons à nos jeunes des alternatives. Ensemble, nous pouvons faire la différence pour le bien-être de ces enfants impliqués dans les gangs, qui, à coup sûr représentent l’avenir d’Haïti.

Cité Soleil n’est qu’un bidonville parmi tant d’autres, par contre, pour que ces jeunes puissent bénéficier d’une vie meilleure, il faut des gens qui œuvrent pour créer un environnement de qualité pour que la population vive plus sereinement agissent avec conviction et détermination. Afin de sensibiliser les gens au phénomène des gangs, il est primordial d’en parler et de poser des gestes afin d’aider à en diminuer les conséquences. Ensemble, nous allons faire une différence dans la vie de ces jeunes qui n’ont d’autres recours que le gangstérisme.

Ici prend fin notre série d’articles relatant les conséquences du gangstérisme sur les jeunes vivant dans le quartier le plus réputé des violences qu’est, Cité Soleil. Nous vous remercions de nous accorder non seulement votre précieux temps, mais aussi de votre intérêt de nous lire chaque semaine, car considérant notre emploi du temps, publier un documentaire d’une telle envergure, de plus de 20 pages (8 ½ x 11) en six semaines consécutives n’est pas une mince affaire. C’est un travail de titan. Au cas où vous seriez intéressé à faire provision de connaissance, à lire d’avantage d’articles sur le même ou d’autres sujets, nous vous invitons à visiter notre nouveau blog : http://unpeudetoutblog.com

r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

QUEL AVENIR POUR CES ENFANTS DE CITE SOLEIL IMPLIQUÉS DANS DES GANGS? (4ème partie)


Haïti-Observateur 28 janvier – 4 février 2015

Par Rosie Bourget

Un milieu socio économiquement défavorisé, un cadre familial instable ou même violent, des difficultés scolaires et plus tard d’intégration au milieu de l’emploi sont des facteurs qui, plusieurs en conviendront, décrivent le parcours des personnes aux prises avec une multitude de problèmes psychosociaux. En effet, ce sont à peu de choses près ces mêmes facteurs qui sont associés à l’itinérance, à la délinquance ou même à la dépression. Néanmoins, il va sans dire que toutes les personnes connaissant de telles difficultés ne finissent pas par joindre les rangs des gangs. Il semble, d’une part, que certaines personnes plus que d’autres soient attirées par la perspective d’adhérer aux gangs et que, d’autre part, les gangs soient plus intéressés à recruter certaines personnes plutôt que d’autres. Quoi qu’il en soit, l’appartenance aux gangs n’est le fait que d’un nombre restreint de personnes.
Sur la base d’une recension systématique de la documentation scientifique relativement récente, Klein et Maxson (2006) ont organisé l’ensemble des caractéristiques personnelles susceptibles d’influencer l’intégration aux gangs de rue en sept grandes familles : les événements de vie négatifs, une faible estime de soi, les comportements et manifestations liés à l’internalisation (anxiété, dépression), les problèmes de comportement en général, les croyances antisociales, l’implication dans les activités conventionnelles ou prosociales et les attitudes faces à l’avenir. Des sept familles de facteurs recensés dans la documentation scientifique récente, seuls les événements de vie négatifs et les problèmes de comportement en général étaient associés à l’intégration dans les gangs tant dans les études longitudinales que transversales.
Par ailleurs, la synthèse indique que les croyances antisociales reçoivent un appui empirique partiel. Les travaux portant sur les problèmes d’internalisation, la participation à des activités conventionnelles et les attitudes face à l’avenir ne donnaient, quant à eux, pas de résultats concluants. Les nombreux travaux portant sur les problèmes d’estime de soi indiquaient dans la grande majorité des cas qu’ils ne parvenaient pas à discriminer les délinquants impliqués dans les gangs des délinquants ne faisant pas partie de tels groupes. Les facteurs susceptibles de discriminer les membres des non-membres sont donc des facteurs traditionnellement associés à la délinquance grave et persistante.
Les personnes associées aux gangs comptent un nombre important de facteurs de risque. Elles proviennent de familles généralement désorganisées, parfois même violentes et qui n’offrent que peu de surveillance. Elles ont aussi tendance à habiter des quartiers défavorisés. Les jeunes qui décident de joindre les rangs ont par ailleurs plus tendance à éprouver des problèmes d’externalisation, voire des structures psychopathiques de personnalité, principalement caractérisées par du détachement émotionnel et des difficultés à être empathiques. Par ailleurs, leurs performances et leur fonctionnement scolaires sont faibles et leurs perspectives d’intégration à l’emploi, même s’ils choisissaient de préconiser cette voie, sont peu reluisantes.
Néanmoins, ces facteurs de risque ont aussi tendance à caractériser bon nombre de délinquants qui ne sont pas associés aux gangs. Comme l’exposition à divers facteurs de risque dans différents domaines augmente de manière importante les vulnérabilités à une panoplie de difficultés et de problèmes (Rutter, 2006), nous pouvons nous demander si l’accumulation de ces facteurs de risque joue de manière cumulative sur le risque d’adhésion. En fait, plus le nombre de facteurs de risque augmente, plus la probabilité d’adhérer aux gangs augmente. En résumé, les travaux sur l’effet cumulatif des facteurs de risque indiquent que, plus ceux-ci sont nombreux, plus la probabilité de commettre des délits et de se joindre aux gangs augmente. De plus, l’effet cumulatif des facteurs de risque est d’autant plus important qu’augmente le nombre de domaines criminogènes touchés par ces facteurs de risques.

En somme, les travaux visant à décrire les personnes associées aux gangs sont particulièrement cohérents. Ces personnes sont principalement de jeunes hommes, quoique les jeunes femmes, moins nombreuses, y jouent la majeure partie du temps un rôle secondaire. Les personnes associées aux gangs sont plus jeunes (on ne peut toutefois pas statuer à l’heure actuelle si ce constat est lié au fait qu’elles sont recrutées plus tôt ou simplement parce qu’elles sont judiciarisés à un plus jeune âge), que la moyenne des délinquants. Toutefois, les personnes les mieux intégrées aux groupes sont de plus en plus âgées. Ces personnes proviennent pour la majorité de milieux familiaux instables et désorganisés, où l’encadrement et le contrôle parentaux font défaut. Elles ont aussi été aux prises avec des problèmes scolaires et accusaient déjà des retards dans leur cheminement. Ces retards sont souvent associés au décrochage scolaire et à des difficultés à intégrer le monde du travail.

Du point de vue personnel, les personnes associées aux gangs ne se distinguent pas notablement des autres délinquants. Ce sont généralement des personnes qui ont commencé tôt à avoir des problèmes de comportement, et qui partagent beaucoup de caractéristiques avec les délinquants que certains qualifient d’externalisés ou qui ont de fortes tendances psychopathiques. Ces tendances les pousseraient à se joindre aux gangs et à s’acclimater sans trop de difficulté au climat de violence et aux valeurs délinquantes qui ont cours dans ces groupes. L’étude de la délinquance et de l’association aux gangs indique que les facteurs de risque ont un effet cumulatif important, ce qui signifie que, plus le nombre de facteurs est élevé et plus il touche un grand nombre de sphères de vie, plus les personnes sont susceptibles d’adhérer aux gangs, ou plus les gangs sont susceptibles de les recruter.

Les enfants de la rue de Cité Soleil sont souvent les premiers à être soupçonnés lorsque de l’argent ou des biens sont volés, ou bien un enlèvement est fait dans un quartier où ils se rassemblent. Au cours des quinze dernières années, de nombreux facteurs socio-économiques, complexes et étroitement liés, ont conduit à une explosion du nombre d’enfants de la rue en Haïti. Ces facteurs sont notamment mais pas exclusivement: le séisme du 12 janvier 2010, qui a fait un nombre incalculable d’orphelins et d’enfants abandonnés; l’énorme quantité de personnes déplacées; une nette détérioration des services publics essentiels, qui a entraîné un accroissement de la pauvreté et du chômage; une urbanisation rapide et le démantèlement des structures traditionnelles de soutien que procurait la famille étendue en Haïti; la difficulté pour certaines femmes de prendre en charge une famille monoparentale et de certains enfants plus âgés d’assumer en tant que chefs de famille; l’impact du VIH/SIDA sur la société; et l’impossibilité pour les parents de payer les frais de scolarité et autres frais connexes.
Bien que leur nombre exact demeure inconnu, on estime que 7.000 enfants vivent dans les rues de Cite Soleil et des dizaines de milliers d’autres dans d’autres zones urbaines. Les nombreux adultes et enfants vivant dans les rues des villes partout dans le pays constituent une sous-classe urbaine croissante, avec ses propres dirigeants adultes qui exercent un contrôle étroit sur de grands groupes, parfois concurrents, de gens de la rue, et avec un langage propre, qui comprend des termes et un lexique qui ne sont utilisés que par elle. Certains hommes et femmes, qui ont grandi dans la rue, ont des enfants à eux et élèvent ainsi une deuxième génération, et en Haïti parfois une troisième génération, d’enfants de la rue qui ne connaissent rien d’autre de la vie que la rue.
De nombreux parents et enfants interrogés pour le présent rapport ont souligné que l’impossibilité pour les parents de payer les frais de scolarité et autres coûts liés à l’enseignement primaire était l’une des raisons pour lesquelles les enfants commençaient à passer du temps dans les rues. Les habitants de Cité Soleil, nous ont déclaré que “beaucoup de parents ne peuvent pas payer l’éducation de leurs enfants. Ces enfants restent chez eux sans avoir rien à faire et très vite, ils vont dans la rue pour chercher du travail dans les gangs. Ils peuvent facilement être exploités par des adultes qui les paient très peu, souvent pour des tâches très dures. Ou ils commencent à fréquenter des enfants qui vivent dans la rue depuis quelque temps. Ils risquent de commencer à boire de l’alcool, à se droguer ou à commettre des délits. Une fois habitués à la vie de la rue, ils quittent leur foyer et rejoignent des gangs de délinquants de rue.”

À l’image de nombreux enfants de la cité que nous avons interrogés, Josué nous a raconté qu’une fois qu’il avait abandonné l’école, il avait commencé à explorer la vie dans la rue. “J’ai dû arrêter l’école après avoir terminé ma troisième année. Mes parents ne pouvaient plus se permettre de payer les frais scolaires, donc j’ai commencé à fréquenter la rue à la recherche de quelque chose à faire. La vie ici à Cité Soleil est dure, il n’y a jamais assez à manger et j’ai faim. J’aimerais bien retourner à l’école et poursuivre mes études, mais comment le faire dans de telle condition.”

Selon les témoignages recueillis, la survie de beaucoup d’enfants de Cite Soleil dépend de leur capacité à trouver du travail dans l’industrie du gangstérisme pour gagner de quoi s’acheter à manger. Certains transportent des marchandises, vendent de la nourriture, travaillent dans des restaurants et des maisons, chargent et déchargent des bus affectés au transport des passagers ou effectuent d’autres travaux temporaires en échange d’argent ou de nourriture. D’autres se livrent à des activités dangereuses ou illégales telles que le vol, semer la terreur dans la Cité, la prostitution ou encore la vente de drogue et d’alcool. Certains adultes ont pitié de ces enfants et leur permettent d’effectuer des travaux pour eux en échange d’une somme raisonnable. Mais d’autres tirent profit d’eux, les payant moins que des adultes car ils savent que ces enfants n’ont guère le choix.

Plusieurs enfants de Cité Soleil nous ont avoués qu’ils se livrent à des activités louches. Outre les brutalités exercées par les chefs de gangs, les hommes et les garçons plus âgés vivant dans la cité agressent également les enfants plus jeunes. Entre autres violences physiques, les enfants disent être battus, frappés à des coups de pied, brûlés et attaqués au couteau. Les menaces et les actes de sévices corporels perpétrés sur les enfants de Cité Soleil semblent servir deux objectifs. D’une part, les brutalités sont souvent accompagnées d’un vol au cours duquel les plus jeunes sont obligés de remettre le peu d’argent dont ils disposent ou leurs maigres possessions qui font l’objet de convoitise. D’autre part, ces actions sont également importantes dans le sens où elles instaurent un contrôle et établissent une hiérarchie dans la Cité Soleil….(à suivre).
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ


À quand une humanité fondée sur la justice, la paix et la tolérance ?

crime contre l'humanite logo

Le 27 janvier est la « Journée de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité ». Cette journée a également pour but d’intégrer à ce travail de mémoire toutes les victimes des crimes contre l’humanité. Et d’abord, pour en revenir aux victimes de la terreur nazie, outre les communautés juives d’Europe, qui en forment la majeure partie, les populations tziganes ou encore les malades mentaux.
En quoi consiste le crime contre l’humanité ?
Le crime contre l’humanité consiste en une série de crimes particulièrement graves, tels que le meurtre, l’extermination, l’esclavage, la déportation et les persécutions, lorsqu’ils sont perpétrés contre des civils, quelle que soit leur nationalité. Bien que l’expression « crime contre l’humanité » soit mentionnée dès 1915 dans une note diplomatique au sujet du massacre des Arméniens dans l’Empire ottoman, cette notion n’a été conceptualisée et juridiquement définie qu’en 1945 dans la Charte du Tribunal militaire international de Nüremberg (art. 6(c)).
Dès lors, les bases de l’approche moderne à l’égard des « crimes contre l’humanité » étaient posées. Dans la définition du « crime contre l’humanité » donnée à Nuremberg, un lien entre ce crime et un contexte de conflit armé était requis. Cette condition a d’abord été assouplie par le Statut du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (article 5), pour inclure les contextes de conflit armé non internationaux à la définition. Puis, l’exigence d’un contexte de conflit armé a complètement disparu lors de l’adoption du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda (article 3) et du Statut de Rome portant création de la Cour pénale internationale (article 7), « un crime contre l’humanité » peut donc être commis en temps de guerre comme en période de paix.

Qu’est-ce qui distingue le « crime contre l’humanité » des autres crimes ?

crime contre l'humanite Holocaust
On distingue ce qui singularise le « crime contre l’humanité » des autres crimes: il est commis systématiquement en application d’une idéologie refusant par la contrainte à un groupe d’hommes le droit de vivre sa différence, qu’elle soit originelle ou acquise, atteignant par là même la dignité de chacun de ses membres et ce qui est de l’essence du genre humain. Traitée sans humanité, comme dans tout crime, la victime se voit en plus contestée dans sa nature humaine et rejetée de la communauté des hommes. Une seule disposition lui confère « au crime contre l’humanité » un régime « légal » particulier: il est imprescriptible, c’est-à-dire que ses auteurs peuvent être poursuivis jusqu’au dernier jour de leur vie.
Afin que les actes susmentionnés puissent constituer des « crimes contre l’humanité », ils doivent être commis « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique », ce qui exclut les actes isolés ou fortuits. Cependant, un acte seul, s’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique, peut être considéré comme un « crime contre l’humanité ». L’essentiel est que l’auteur du crime soit conscient de ce contexte d’attaque généralisée et systématique contre une population civile dans lequel il commet l’acte. Bien que les « crimes contre l’humanité » aient souvent lieu dans le cadre de politiques étatiques, en raison du niveau d’organisation requis et de l’ampleur des crimes, la définition n’exclut pas qu’ils soient également commis par d’autres entités, telles que des forces paramilitaires, des mouvements de guérilla, des organisations terroristes.

Une évolution importante a été la reconnaissance du viol comme faisant partie des actes pouvant constituer un « crime contre l’humanité » (article 5(g) du Statut du TPIY, article 3 du Statut du TPIR). Ce développement a ensuite été étendu à d’autres formes de violences sexuelles dans le Statut de Rome (article 7(g), voir ci-dessous).

crime contre l'humanite Hitler

L’article 7 du Statut de Rome établit une liste non-exhaustive d’actes pouvant être qualifiés de crimes contre l’humanité, lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique, lancée contre toute population civile, et en connaissance de cette attaque :
a. Meurtre ;
b. Extermination ;
c. Réduction en esclavage ;
d. Déportation ou transfert forcé de population ;
e. Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ;
f. Torture ;
g. Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;
h. Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au sens du paragraphe 3, ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ;
i. Disparitions forcées de personnes ;
j. Crime d’apartheid ;
k. Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.
Selon la Convention sur l’imprescribilité des crimes de guerre et des « crimes contre l’humanité » de 1968, ces derniers, qu’ils soient commis en temps de guerre ou en temps de paix, et tels qu’ils sont définis dans le Statut du tribunal militaire international de Nüremberg, sont imprescriptibles (article 1(b)). Cette disposition n’est toutefois contraignante que pour les États ayant ratifié la Convention. De même, le Statut de Rome prévoit que les crimes pour lesquels la Cour a compétence sont imprescriptibles, ce qui inclut les crimes contre l’humanité (article 29).

crime contre l'humanite esclavage picture

Est-ce que le génocide du Rwanda fait partie du « crime contre l’humanité » ?
Mis en place au mois de mai 1995 après sa création au mois de novembre 1994 par le Conseil de sécurité de l’ONU avec compétence pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre 1994, le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) fut installé à Arusha, en Tanzanie.
Dès le début, les États-Unis d’Amérique firent pression afin que l’attentat du 6 avril 1994, pourtant totalement inclus dans les limites chronologiques imparties au TPIR, soit écarté de son champ d’investigation. Avec une grande constance, tous les procureurs qui se succédèrent à la tête de ce tribunal respectèrent cette étrange exclusion. Le TPIR spécialement créé pour juger les responsables du génocide, refusa donc de rechercher les auteurs de l’acte terroriste qui en fut la cause (!).
L’insolite attitude des États-Unis pose d’autant plus problème qu’en 1995, il ne faisait alors de doute pour personne que les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 étaient ces « Hutu extrémistes » tant de fois dénoncés par les ONG américaines. Pourquoi les États-Unis étaient-ils donc opposés à ce que la responsabilité de ces derniers dans l’attentat qui déclencha le génocide du Rwanda soit officiellement mise en évidence par une enquête du TPIR ? La réponse à cette question est peut-être que les services de Washington savaient déjà que l’attentat n’avait pas été commis par les « Hutu extrémistes »…

crime contre l'humanite Rwanda le massacre et les mensongesEn interdisant au TPIR de mener l’enquête sur l’assassinat du président Habyarimana, les Etats-Unis protégèrent donc de fait ceux qui, en détruisant en vol son avion, permirent au FPR (Front patriotique rwandais), mouvement essentiellement tutsi totalisant de 10% à 15% de la population, de s’emparer militairement d’un pouvoir que l’ethno-mathématique électorale lui interdisait de conquérir par les urnes.
Peut-on espérer une journée de la mémoire relative au génocide du Rwanda ?
Le 7 avril 2015 marque l’anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsi et les Hutu modérés au Rwanda en 1994…. faisant environ un million de morts. En effet, le soir du 6 avril 1994, l’avion transportant deux présidents d’origine ethnique Hutu : le Président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, est abattu à Kigali, alors qu’il effectuait son retour de Dar-es-Salaam (Tanzanie) où un sommet régional des Chefs d’État s’était tenu pour examiner la situation politique au Burundi et au Rwanda. La même nuit, la garde présidentielle débute les massacres visant l’extermination systématique de tous les Tutsi et les Hutu modérés, qualifiés indistinctement de complices du Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi). À cette époque, le pays est déjà plongé dans une guerre civile déclenchée le 1er octobre 1990 par les troupes du FPR-Inkotanyi, un mouvement politico-militaire créé en 1987 par des Tutsi rwandais exilés dans les pays voisins fin des années 50 début des années 60, des suites de violences et de massacres ayant marqué la révolution Hutu et l’abolition de la monarchie Tutsi.
Le génocide de 1994 va être décrit comme une réaction spontanée d’autodéfense des Hutu après l’assassinat de leur président par le FPR-Inkotanyi et ses complices alors qu’en réalité, ce génocide est le résultat d’un choix politique délibéré d’un groupe d’extrémistes Hutu résolu à garder le pouvoir après une série de succès militaires et politiques du FPR-Inkotanyi. Les massacres sont commandités par ce groupe d’extrémistes Hutu, composé essentiellement de militaires, de gendarmes et de policiers, mais aussi de responsables de l’administration civile et de la milice Interahamwe créée par le parti politique du Président Habyarimana, le MRND (Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement). Un gouvernement intérimaire est installé et supervise le déroulement des massacres, nombre de ses ministres assumant un rôle de premier plan. Par le biais de la radio et de la presse sous son contrôle, ce gouvernement parvient à créer une machine propagandiste pour attiser la haine contre la communauté Tutsi et à mobiliser les Hutu à son encontre.
Cette machine réussit à répandre la haine, à déshumaniser les victimes, voire à les livrer à leurs bourreaux. Dès les premières heures de la journée du 7 avril 1994, aux quatre coins du pays, les Tutsi réalisent l’ampleur du danger qui pèse sur leur vie et nombre d’entre eux abandonnent leurs domiciles et leurs biens pour tenter de trouver refuge ailleurs. Ils prennent le chemin de l’exode vers différents lieux publics, tels que les églises, les hôpitaux, les écoles, les stades, les bureaux communaux ainsi que vers les sommets des collines et des montagnes escarpées ou les forêts et marécages. Dans certaines régions, les massacres commencent aussitôt. Dans d’autres, les tueurs attendent que les personnes visées se rassemblent en grand nombre dans les lieux de refuge.
Ainsi, le mois d’avril 1994 connaît une opération massive d’extermination systématique de centaines de milliers de Tutsi et de Hutu démocrates et pacifiques. Ce mois ainsi que les trois suivants constituent incontestablement la période la plus sombre de l’histoire du Rwanda. Des autorités politiques et militaires, qui étaient jusque-là censées protéger la population et rétablir la paix et l’ordre sur toute l’étendue du pays, s’impliquent directement dans les massacres et leurs agissements poussent des centaines de milliers de citoyens ordinaires, qui n’étaient pas directement visés, à suivre leur exemple. Mis à part son intensité, ce génocide se caractérise par son extrême atrocité : les victimes sont tuées au moyen d’outils artisanaux, notamment des machettes, devenues l’outil emblématique du génocide. Les tueurs sont pour la plupart des proches de la communauté sociale de leurs victimes, parlant la même langue, ayant la même culture, les mêmes voisins, amis, voire les mêmes membres de famille. Cette trahison collective ainsi que cette rupture de liens familiaux, amicaux, professionnels et de voisinage demeurent une énigme jusqu’à ce jour.
crime conte l'humanite Rwanda 20 apresVingt et un an après, quid des ingrédients qui ont conduit au génocide ? Est-il trop tôt pour s’interroger sur l’éradication des causes qui ont conduit au génocide au Rwanda telles que le refus de l’alternance politique, l’incitation à la haine ethnique, l’impunité, le cumul de tous les pouvoirs au sein de l’Exécutif, la croissance économique non partagée et l’affaiblissement de la société civile ? Qu’en est-il de la politique de la mémoire qui ne s’ouvre pas à toutes les victimes pour leur permettre de pleurer les leurs, de les enterrer en dignité et de réclamer justice ?
Quid de Ndi Umunyarwanda (Je suis Rwandais ou Esprit rwandais ou encore Rwandité), ce nouveau programme national exhortant solennellement les Hutu à demander pardon aux Tutsi pour le crime de génocide commis par leurs parents et proches Hutu ? Le génocide serait-il devenu « péché originel » pour les Hutu, en ce sens que le Président de la République exhorte les jeunes Hutu qui étaient mineurs d’âge au moment du génocide ou qui n’étaient tout simplement pas encore nés à demander pardon ? A la place de Ndi Umunyarwanda, faudrait-il organiser un dialogue inter-Rwandais hautement inclusif auquel prendraient part différentes catégories de la société rwandaise pour débattre de la question rwandaise sans tabou ?
L’une des deux parties relatives au massacre de Rwanda a été publiée le 07 avril 2014,
par Pacifique Kabalisa
Afrique réelle, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Sources juridiques internationales :
Article 7 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, 17 juillet 1998
Article 3 du Statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda, 8 novembre 1994

Quel Avenir Pour Les Enfants de Cite Soleil Impliqués Dans Des Gangs? (3ème partie)


Haïti-Observateur 21-28 janvier 2015

Par Rosie Bourget

Police Station in Cite Soleil
Depuis le début de notre sérié, relatant le phénomène de gangstérisme (le gangstérisme s’entend des activités criminelles des gangsters) a Cité Soleil, la question des gangs a été étudiée sous l’angle de l’absence des parents assassinés, ou atteints du sida, de la pauvreté et de la désorganisation sociale. La prochaine section résume certaines propositions importantes relatives aux conditions sociales dans lesquelles vivent généralement les personnes qui s’associent aux gangs.
Beaucoup ont jusqu’à tout récemment associé gangs et adolescence. Si les personnes associées aux gangs sont pour une bonne part à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte, comme la majorité des délinquants d’ailleurs, la composition de ces groupes semble avoir évolué au fil du temps. On observe à cet égard une augmentation de l’étendue de l’âge de ces groupes, tant vers les plus jeunes que vers les plus âgés. En fait, les membres plus âgés ont tendance à demeurer dans ces groupes tandis que le recrutement semble se faire de plus en plus tôt. Certains estiment d’ailleurs l’étendue allant de 11 à 50 ans (Hemmati, 2006). Les groupes plus organisés et plus impliqués dans une criminalité de marché trouveront une certaine pérennité par rapport aux groupes dont la délinquance est plus expressive. Les membres impliqués dans une criminalité plus structurée seront donc plus âgés. Par ailleurs, les organismes de prise en charge pénale pour adultes sont susceptibles d’être aux prises avec des personnes associées aux gangs de plus en plus âgés.

La question de la désorganisation sociale et son impact sur l’affiliation des jeunes marginaux aux gangs figurent aussi parmi les thèmes les plus fréquemment invoqués pour expliquer le phénomène. La délinquance, de manière générale, serait vue comme le résultat de la convergence du faible statut socioéconomique, du manque de volonté de la part de l’État ou les instances concernées et de la mobilité résidentielle présents dans un quartier donné. De telles conditions seraient de plus associées à une inefficacité des institutions socialisantes à exercer un contrôle formel (par l’intermédiaire des institutions comme la police ou des agences responsables de la sécurité) et informel (par l’intermédiaire des parents, des amis ou des voisins) sur certaines personnes.

Les grands changements sociaux, on n’a qu’à penser aux bouleversements associés à l’industrialisation, à l’urbanisation, entraîneraient un désengagement des agents de socialisation traditionnels et favoriseraient l’émergence de la désorganisation sociale et, par le fait même, de la délinquance. Les groupes de déviants, comme les gangs, offriraient alors une solution de rechange en proposant un cadre, des références, une identité, des normes et des possibilités.

Néanmoins, l’impact du niveau de désorganisation sociale n’aurait pas un effet linéaire sur l’ampleur du phénomène des gangs. Les travaux sur l’effet de la mobilité résidentielle et sa relation négative avec la présence des gangs indiquent qu’un certain niveau de cohésion est nécessaire à l’émergence des gangs dans les quartiers défavorisés. Bien que le faible contrôle social contribue à l’émergence du phénomène, il semble qu’un réseau social relativement stable figure parmi les ingrédients essentiels à l’émergence de tels groupes.

Si la désorganisation sociale semble expliquer l’émergence des gangs dans les grands centres urbains, elle n’explique pas forcément l’adhésion des personnes d’un point de vue individuel. À cet égard, l’explication de la désorganisation sociale n’a reçu qu’un appui empirique au mieux mitigé. Par exemple, la synthèse des facteurs de risque individuels proposée par Klein et Maxson (2006) semble indiquer que les indicateurs criminogènes d’un quartier n’ont peu ou pas de lien avec l’adhésion à un gang chez les jeunes à risque. Un facteur comme le réseautage avec les pairs obtient quant à lui un appui beaucoup plus systématique.

Les travaux sur les adolescents impliqués dans les gangs ont permis de documenter le processus d’affiliation ainsi que les facteurs faisant partie d’un tel processus. Bien que l’objectif du présent rapport ne soit pas d’étudier l’influence des difficultés scolaires ou de la désorganisation familiale sur l’affiliation, il importe néanmoins de rappeler certaines caractéristiques des personnes associées aux gangs à cet égard.

Les personnes associées aux gangs, comme une proportion importante de délinquants d’ailleurs, proviennent de milieux familiaux souvent instables. Par exemple, un survol de certains travaux sur la question indique que la vie familiale de ces délinquants est pour le moins difficile. Il s’agit fréquemment de familles brisées ou désunies, parfois aux prises avec des problèmes politiques, de coups d’états ou de changements de gouvernement.

Plusieurs citoyens déclarent avoir été témoins et aussi victimes de violence physique. Les parents de ces délinquants ont des habiletés parentales déficitaires, lesquelles donnent lieu à des relations souvent perçues comme peu affectueuses et où l’encadrement et le contrôle parentaux font notablement défaut. Certains travaux révèlent également que les familles des jeunes associés aux gangs ont tendance à banaliser les comportements de violence. Pour certains, le manque d’encadrement parental, beaucoup plus que la qualité des relations parents-adolescents, serait un facteur déterminant dans l’adhésion aux gangs.

À l’école, ces jeunes sont aussi aux prises à plusieurs difficultés. Il n’est pas étonnant de constater que les personnes associées aux gangs éprouvent des troubles d’apprentissage et accusent généralement beaucoup de retard dans leur cheminement scolaire. Ils ont aussi tendance à avoir un taux de décrochage particulièrement élevé, ce qui peut contribuer au sentiment d’exclusion. À cet égard, Hamel et ses collaborateurs (1998) font plus que décrire les difficultés scolaires comme un simple facteur de risque menant à la délinquance. Pour eux, les problèmes scolaires s’insèrent dans le processus de marginalisation multiple (Freng et Esbenson, 2007) où les échecs et les frustrations placent le jeune dans une position où le gang devient une option viable, même satisfaisante et valorisante.
Les perspectives d’employabilité ne sont guère plus reluisantes pour les jeunes qui gravitent autour des gangs. Bien que les membres de gangs puissent obtenir des emplois légitimes, ils sont moins enclins à être employés pour de longues périodes de temps, travaillent moins d’heures et sont moins dévoués à leur travail que les non-membres de gang. Issus de milieux défavorisés, souvent peu scolarisés et éprouvant un sentiment d’isolement (Belitz et Valdez, 1994), les membres de gangs présentent donc plus de risques d’atteindre leurs objectifs d’idéal masculin traditionnel par un mode de vie délinquant empreint de domination et de compétition que par une vie rangée………(à suivre).
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

Quel Avenir Pour Les Enfants de Cité Soleil Impliqués Dans Des Gangs? (2ème partie)


Cite Soleil en jaune

Haiti-observateur 15-22 janvier 2015

Par Rosie Bourget

Certaines personnes se servent des enfants de la Cité Soleil pour espionner des personnes soupçonnées d’être des hommes/femmes d’affaires et des gens vivant dans la diaspora. Elles les utilisent comme appâts lors d’opérations criminelles et, dans certains cas, elles les recrutent pour participer à des cambriolages de magasins et de maisons. Les enfants nous ont déclaré n’avoir d’autre choix que celui d’obtempérer à ce que leur demandent les chefs de gangs ou ils risquent d’être maltraités et harcelés. Certains enfants dont un parent ou les deux morts du Sida (VIH) sont recueillis par des inconnus mais ils n’y connaissent que maltraitance ou négligence et ils finissent quand même à la rue.

Dans le cadre de notre travail, nous avons interrogé de nombreux d’enfants qui nous ont avoué que le chômage, la pauvreté, la maladie, les frais de scolarité prohibitifs et une myriade d’autres facteurs sont à la base de l’augmentation du nombre d’enfants vivant dans les rues et travaillant dans des gangs. Deux facteurs supplémentaires étroitement liés ont toutefois contribué à alimenter les rangs des enfants de Cité Soleil: les mauvais traitements et l’abandon des enfants orphelins ainsi que l’impact du VIH/SIDA sur les familles et les enfants affectés ou infectés par le virus. Au cours de nos entretiens, nous avons découvert que les enfants orphelins pris en charge par des membres de la famille et les enfants dont la mère ou le père s’était assassiné, étaient beaucoup plus susceptibles d’êtres recrutés que ceux qui vivaient avec leurs deux parents biologiques.

Vous apprendrez probablement qu’un jeune homme du même âge que le vôtre est venu au parc, près de chez vous, pour lui demander s’il avait envie de faire de l’argent facilement et surtout rapidement. Car c’est sans aucun risque. En effet, beaucoup de parents croient que leurs enfants apprennent tout par le biais d’internet, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Le sexe, la drogue, le viol, la mauvaise influence, les gangs… tous ces sujets « gênants » doivent être abordés calmement avec les enfants et dans toutes les écoles primaires.
Les gangs sont partout. Que vous vivez en Haïti ou à l’étranger, vous n’avez qu’à regarder si les murs des magasins, de votre maison, votre boîte aux lettres de quartier sont peintes de graffitis particuliers et vous saurez que vous êtes dans un « territoire » appartenant à un gang. Les parents n’abordent pas les sujets relatant le gangstérisme (forme de banditisme) avec leurs enfants, comme nos parents des temps anciens ne nous parlaient surtout pas de sexualité. Pourtant, on croyait que nous avions évolué et que nous n’avions plus peur de parler des sujets tabous avec nos enfants. Cependant pour en parler, il faut savoir quoi dire et probablement, comment le dire.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, la présence des gangs se fait sentir dans plusieurs villes d’Haïti, (zenglendo, chimè, jpp, rat pa kaka…) entre autres à Port-au-Prince, Carrefour, en Plaine, Solino, Martissant et Pétion-ville. Dans la capitale, depuis 2003, le nombre de crimes liés aux gangs n’a cessé d’augmenter et en 2012, un meurtre sur trois commis à Port-au-Prince était lié aux gangs. Bien qu’à première vue, l’adhésion à un gang peut sembler attrayante pour les jeunes, les conséquences pour ces garçons et filles sont extrêmement importantes; taxage, intimidation, prostitution, viol, drogue, vol, violence, etc. Les membres de ces organisations criminelles sont de plus en plus jeunes et malheureusement, trop souvent, nos enfants ne connaissent pas les conséquences liées à l’adhésion à un gang.

En ce qui concerne les caractéristiques des membres féminins, les recherches sont peu nombreuses. Les gangs sont généralement composés majoritairement de membres masculins. Les adolescentes occupent des fonctions auxiliaires au sein du gang. Elles ont leurs premiers contacts avec le gang alors qu’elles sont âgées entre 11 et 14 ans. Les parents des adolescentes impliquées ont un statut socio-économique faible, mais on peut quand même remarquer de jeunes adolescentes impliquées dans les gangs dont les parents ont un statut socio-économique moyen et quelquefois aisé. Les adolescentes ont une faible estime d’elle-même. Le gang représente un « pourvoyeur d’affection ».
On dit de ces adolescentes qu’elles sont allocentristes (centrées sur l’autre) et entretiennent une vision pessimiste de la réalité. Le rejet des normes sociales prend une place importante. Comme chez les garçons, elles manquent de supervision parentale. Les adolescentes accusent de lourds déficits à l’école; elles ont des difficultés au plan académique, présentent des retards pédagogiques ou de l’absentéisme.

Le phénomène des gangs est généralement décrit comme l’affaire des petits garçons et des jeunes hommes. Lorsque les filles de 10 et 15 ans et les jeunes femmes apparaissent dans le déroulement des activités du gang, elles sont généralement décrites comme des acteurs de soutien ou des victimes. Pour plusieurs, elles ne sont souvent que des objets sexuels ou perçues comme des garçons manqués, ou simplement des relations des membres, comme des sœurs, des amies ou des membres de la famille élargie. À cet égard, rares sont les études qui dépeignent les femmes comme partie prenante des décisions du groupe. Toutefois, des notes discordantes indiquent que les filles pourraient occuper une place plus importante que celle décrite traditionnellement. Certains chercheurs suggèrent que cette sous-représentation des filles est le fait de stratégies d’échantillonnage de convenance favorisées dans les enquêtes de terrain, lesquelles ne permettent pas la représentativité de l’échantillon (Moore & Hagedorn, 2001; Valdez & Kaplan, 1999).

D’autres suggèrent que les travaux traditionnels sur les gangs portaient principalement sur les groupes des grandes métropoles comme Los Angeles ou Chicago où les filles étaient sous-représentées et que les gangs de plus petites agglomérations urbaines pourraient contenir une proportion de filles légèrement supérieure, proportion atteignant parfois le cinquième voire le quart des membres (Thornberry & Porter, 2001; Thornberry Krohn, Lizotte, Smith & Tobin, 2003). À l’instar des données américaines, les données canadiennes suggèrent une faible présence des jeunes femmes dans les gangs urbains (Hemmati, 2006). Par ailleurs, plusieurs différences entre les hommes et les femmes permettent d’expliquer le fait que les jeunes femmes sont moins susceptibles d’être prises en charge par les institutions pénales pour adultes que les jeunes hommes. Parmi elles, mentionnons le fait qu’elles ont tendance à commettre sensiblement les mêmes crimes que les hommes, mais moins fréquemment, qu’elles occupent généralement un rôle de subalterne ou même d’accessoire, et qu’elles ont tendance à quitter le gang plus rapidement que les jeunes hommes……..(à suivre).
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

12 janvier 2010-12 janvier 2015 : CINQ ANS


Par Rosie Bourget

seisme en haiti tente

C’est dans le calme et la bonne humeur que se greffent les ailes qui nous permettent de nous envoler et de survoler nos difficultés. Les séismes sont les catastrophes les plus meurtrières. Les catastrophes naturelles font chaque année dans le monde des dizaines de milliers de victimes, des millions de sinistrés et plus d’une centaine de milliards de dollars de dégâts. Aujourd’hui ayons une pensée positive pour les victimes et disparus du 12 janvier 2010, puis pensons sérieusement et agissons véritablement devant les causes qui ont mené à de telles catastrophes. Dans chacun de nos gestes, ayons en tête et en conscience non seulement les autres humains, mais tous autres êtres vivants autour de nous. Le ciel ne nous laisse jamais tomber. Il nous fait passer parfois par des chemins des plus désagréables, mais c’est généralement parce que quelque chose de bon attend au bout du chemin. Il y a des croisées partout dans la vie, et parfois les choix pris font gouter à la merde, mais ensuite on arrive à mieux se réjouir des fleurs. Bon courage à tous !!!
Une pensée spéciale pour nos frères et sœurs qui sont encore sous les tentes. Tout comme notre corps qui nous envoie souvent des signaux quand quelque chose ne va pas, la planète parle fort à nous, les humains, qui n’en prennent pas assez bien soin depuis longtemps. On a l’impression que la terre semble avoir frappé là où elle est moins respectée, mais on se demande est-ce qu’Haïti est du nombre ? Pauvre Peuple !!!
Haïti retombe-t-il dans l’oubli ?
On ne saurait oublier cette date fatidique marquée à l’encre noire dans l’histoire de notre pays dont le nombre de morts est supérieur à 300.000. Et, selon certaines estimations, s’élèvent à prés de 500.000, sur une population totale de 8 millions. De nombreuses personnes ont été victimes, certaines souffrent d’un traumatisme psychologique et d’autres sont atteintes physiquement. Chacun a une histoire à raconter en la circonstance. Des centaines de milliers de gens dormaient à la belle étoile. Sur toute l’étendue du territoire était invoqué un seul nom « Seigneur Jésus ». Cette question de religion officielle n’était pas de mise. Chrétiens comme païens récitaient la même leçon « Bondyé pityé pou ayiti ».
Qui aurait cru qu’on aurait brisé la chaine d’ethnocentrisme qui faisait croire que le protestantisme, religion souvent opposée au catholicisme, et qui, cependant, comme elle, est issue du christianisme, était la meilleure ? Partout c’était la détresse. Il était quasiment impossible de distinguer le chrétien du vodouisant, l’intellectuel de l’analphabète, le riche du pauvre, l’homme d’affaire du revendeur. Pour la première fois après la Bataille de Verrières qui a conduit à notre soi-disant indépendance, on était un seul peuple, une seule nation. Cinq années se sont passées les victimes revivent encore le moment terrible comme si c’était hier. Pour ceux qui ont perdu un ou plusieurs membres de leur famille, il est difficile de placer l’éponge. Ils sont tellement obsédés au point qu’ils en parlent constamment.

La nécessité d’un esprit de solidarité à long terme
On s’en souvient des haïtiens qui ont fait preuves d’unité et de solidarité pendant les jours qui ont suivi le séisme. Alors que certains se serraient le coude afin de dégager leurs proches des décombres avec leurs mains nues, ou les moyens du bord, parfois munis de simples outils de maçons. D’autres cependant, partagent le peu de nourriture qu’ils avaient avec leurs voisins. Ce même esprit de solidarité et d’unité, où est-il passé ? Pourquoi ne pouvait-il pas être à long terme ? Faut-il un autre désastre naturel pour que les haïtiens s’unissent à nouveau ? Pourquoi ne pas faire l’effort de nous entendre pour continuer la lutte, nous redonner une autre chance ?
Puisque nous sommes semblables, nous pouvons nous comprendre et coopérer pour le bien de tous. Nous avons des besoins similaires : s’abriter, manger, se vêtir, s’instruire, etc. Or on peut manquer de ressources pour satisfaire son besoin, selon ses capacités individuelles. On peut aussi, au contraire, être capable de satisfaire le besoin d’un autre. Là réside l’intérêt de la coopération, c’est-à-dire de l’échange et du partage. Chacun met à disposition des autres ce dont il dispose. Et chacun peut bénéficier des ressources des autres. Tout cela, pour le bien individuel et commun. C’est ce qu’on appelle la fraternité. Quand plusieurs personnes unissent leurs forces et leurs compétences vers un même but, on dit qu’ils coopèrent.

seisme  haiti ile maudite

Pourquoi est-ce qu’on dit qu’Haïti est un pays maudit ?
Quand ce n’est pas un scenario de crise politique pour détourner notre attention, une élection frauduleuse, un retour spontané d’un président exilé, un coup d’état, une épidémie de choléra, un cas de kidnapping ou de viol, c’est la nature qui s’est mis en colère.
Comme a dit l’adage « Quand vous perdez ne perdez pas la leçon. » Après avoir vécu une telle catastrophe à nulle autre pareille qui a semé le deuil dans les familles haïtiennes, et un infini cauchemar, avons-nous appris ou perdu la leçon ? Qu’est-ce que le séisme a changé dans notre train de vie ? Devons-nous réfléchir à ce que devrait être la prochaine étape ? Qu’il soit de près ou de loin, avons-nous jamais joué un rôle proactif en décidant de ce dont le pays avait besoin pour se remettre sur pied ? A quelle difficultés sommes-nous confrontés aujourd’hui ? Que répondent les autorités responsables aux innombrables critiques qui pleuvent sur elles ?

seisme en haiti handicap

Une opportunité ratée
12 janvier 2010, voilà une date inoubliable que les haïtiens devraient considérer comme une porte de sortie. Au lieu de saisir l’opportunité, d’appliquer le proverbe « la chance qui passe la chance à prendre », ils l’ont laissé glisser entre leurs mains comme une grosse anguille, ou passer comme une lettre à la poste. A quand une meilleure condition de vie, une stabilité politique et économique, la fin de l’injustice infligée à un peuple sans défense, la fin des luttes fratricides et des querelles incessantes dans le pays ? Se montrer indifférent l’un envers l’autre nous fait plus de mal que de bien. Il est temps que l’on suit les exemples tracés par nos ancêtres qui ont su jouer le jeu en faisant de la fraternité et la liberté leur cheval de bataille. Le moment est venu de se mettre ensemble pour aider Haïti à renaitre de ses cendres. Cinq ans après le séisme dévastateur d’une rare intensité, ce pays ne fait plus la une des actualités. Haïti retombe dans l’oubli, rien ne change, rien n’avance.
Alors que des millions de personnes ont subi des traumatismes profonds, la perte de proches, la destruction de leur maison, les blessures physiques graves, les amputations ; au risque de me faire répéter, on a l’impression que la terre semble avoir frappé là où elle est moins respectée, mais on se demande est-ce qu’Haïti est du nombre ? Est-ce qu’il est condamné comme une eau stagnante à ne jamais bouger d’un seul pas ? Il est temps que les autorités se mettent au défi de suivre à travers, de vivre ce qu’elles prêchent, de tenir ce qu’elles disent.
Y a-t-il de nouvelles initiatives en ce moment pour mettre le pays sur le piton ?

Plus de 500.000 personnes sinistrées vivent encore dans les conditions infrahumaines dans les camps de fortune qui se sont multipliés partout. Où sont passés les plusieurs centaines de millions de dollars destinés à de nouveaux projets de logements en Haïti ? Dans un pays où la vulnérabilité est de rigueur, un tel projet digne de son nom aurait tout son sens et répondrait aux besoins des sans-abri et des populations affectées. Est-ce que la Croix-Rouge américaine, aurait dépensé la totalité des dons obtenus en faveur d’Haïti ? Un pays au nom duquel beaucoup d’argent a été collecté ? Où est passée cette aide ? Pourquoi en république voisine les choses vont beaucoup mieux ? Qu’est-ce qui nous empêche de déterminer une approche efficace qui nous permettrait de prendre notre destin en main ? En attendant la 6eme commémoration du plus violent tremblement de terre qui a frappé Haïti de son histoire, Je vous laisse le soin de trouver les réponses à ces questionnements.

Rb

11 janvier 2015

L’IGNORANCE


ignorance citations

La plus grande menace pour notre société c’est l’ignorance. Toute faute vient d’une erreur; toute erreur a pour cause l’ignorance. La vraie nature de l’humain, c’est la raison, et croire conformément à la nature, c’est vivre conformément à la raison. Mais dans la raison même, on peut distinguer, d’une part, l’ordre qu’elle imprime à toutes choses, d’autre part, l’effort, la tension qui la constituent et dont l’ordre est la manifestation extérieure. Se place-t-on au premier point de vue qui est celui de l’intelligence, la vertu pour les stoïciens, c’est la logique, c’est à dire la conséquence, l’accord avec soi-même : le sage fait de sa vie un tout concordant et harmonieux comme une œuvre d’art. Se place-t-on au second point de vue, qui est celui de la volonté, la vertu, c’est la force ou le courage, l’effort de l’âme se ramassant tout entière sur soi et luttant contre les choses extérieures; et cette conception est surtout celte d’Épictète.

Découvrir est toujours une joie, quoi que l’on découvre, même sans chercher. L’ignorance renvoie à un manque d’information ou de connaissances. Elle se distingue de la stupidité qui est un manque d’intelligence, mais aussi de la naïveté qui est un manque de sagesse. Ces trois caractéristiques sont souvent confondues. « La connaissance donne le pouvoir » dit le vieux dicton anglais. Quelques individus trop conscients des vertus du savoir, s’emploient à taire certaines connaissances et à empêcher les autres d’y accéder, en vue de s’approprier un avantage peu équitable. Lorsque vous formez quelqu’un à une compétence spécifique ou que vous distribuez une information, ne comptez pas sur la transmission de ce savoir aux autres membres de la communauté.
Il est important d’identifier l’information manquante. La plupart des planificateurs et autres individus dotés de bonnes intentions œuvrant pour fortifier les communautés, pensent que la solution est dans l’éducation. Or, l’éducation a plusieurs sens. Ignorer, c’est le fait de ne pas savoir. L’ignorance est donc un défaut de connaissance vraie. Dès lors dans une logique qui serait celle de la recherche de la vérité et de l’acquisition du savoir, l’ignorance représenterait une déficience, une altération, voire un échec qu’il faudrait condamner comme une faute, le bien étant ici la certitude ou le savoir. De même, en matière de morale, l’ignorance peut être préjudiciable à l’harmonie de la communauté car si on est ignorant des conséquences de ses actes, on peut alors être jugé inconscient ou irréfléchi.

ignorance et knowledge

QUELQUES CITATIONS RELATIVES À L’IGNORANCE :
• Socrate : « je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien ».
• Platon fait dire à Socrate dans le Second Alcibiade : »… nous avons tort de blâmer ainsi l’ignorance à la légère, sans ajouter que c’est l’ignorance de certaines choses… ».
• Jérôme Touzalin : « La foi repose toujours sur l’ignorance ».
• Matthieu Ricard : « L’ignorance est une méprise accidentelle, un oubli soudain qui ne change rien à la nature ultime de l’esprit, mais crée une chaîne d’illusions, comme le cauchemar ne change rien au fait que l’on est confortablement allongé dans le lit mais n’en peut pas moins engendrer une grande souffrance mentale. » (Le Moine et le Philosophe)

On distingue :
• L’ignorance savante, c’est celle de celui qui « sait qu’il ne sait pas »
• L’ignorance profonde c’est celle de celui qui « ne sait pas qu’il ne sait pas ».

Dans la langue allemande, on distingue l’ignorance fortuite, « das Nichtwissen » (le non savoir), de l’ignorance volontaire, « das Totschweigen » (le fait de passer sous silence). Cette proposition est discutable. En allemand, « Ignoranz » peut signifier aussi une sorte d’inculture assumée, entachée d’obscurantisme et de trivialité.
Selon la philosophie antique, pour faire sortir les athéniens de leur ignorance, en leur permettant d’accoucher de leurs connaissances (maïeutique), Socrate passait par la pratique du dialogue dans la rue. Il utilisait notamment l’ironie, double feinte par laquelle il faisait semblant de ne pas savoir, tout en feignant de croire que son interlocuteur savait. Cette ironie permettait à Socrate de laisser son interlocuteur se rendre compte par lui-même de ses contradictions ou incohérences de raisonnement. En effet, celui qui vit sans réflexion ni introspection est parfois atteint d’une « double ignorance » qui est le fait de ne pas savoir et de vivre dans l’illusion qu’il sait : « Non seulement tu ignores les choses les plus importantes, mais tu crois les savoir » disait Socrate à Alcibiade.
Dans l’allégorie de la caverne, Platon donne une représentation imagée de « l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance ». Selon cette allégorie, la démarche du philosophe consiste tout d’abord à prendre conscience de son ignorance, en prenant du recul par rapport à ses préjugés et opinions (doxa). Puis il apprend à distinguer ce qui est réel de ce qui est apparent ou illusoire, en s’élevant progressivement vers le monde des Idées ou des Formes intelligible en utilisant la méthode dialectique.

LA PAUVRETÉ ET LA DÉPENDANCE : LEURS CAUSES ET CONSÉQUENCES


La pauvreté pourquoi

Il existe de multiples définitions de la pauvreté et de la misère, qui dépendent du point de vue d’où se placent ceux qui produisent ces définitions. À travers les siècles, on a pu voir ces réalités sous des angles très différents : religieux : le pauvre, incarnation de Dieu ; moral : le pauvre responsable de sa situation et coupable ; politique : la pauvre victime d’un système d’exploitation ; etc.
Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement : Plus d’un milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour.
• 2,8 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 2 dollars par jour.
• 448 millions d’enfants souffrent d’insuffisance pondérale.
• 876 millions d’adultes sont analphabètes, dont deux-tiers sont des femmes.
• Chaque jour, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies qui auraient pu être évitées
• Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau salubre.
• 20% de la population mondiale détient 90% des richesses
Ce sont surtout des statistiques sur les revenus des personnes et des ménages, mais aussi sur l’accès au travail, au logement, au système de soin, au système éducatif et de formation pour adulte. On peut les trouver sur les sites d’organismes mondiaux comme ceux de la Banque Mondiale, du PNUD ; ou sur l’organe statistique européen Eurostat et sur les site nationaux de statistiques des pays.
Le manque d’argent est un problème auquel nous avons tous été confrontés. Cette expérience individuelle n’est cependant pas à confondre avec la pauvreté en tant que problème social. L’argent étant une preuve tangible de richesse, le manque de liquidités n’en est pas moins un signe de pauvreté. La pauvreté en tant que problème social est un mal pénétrant qui affecte multiples aspects de la culture et de la société. Par conséquent, les revenus parmi les membres des communautés demeurent invariablement faibles, l’accès aux services tels que l’éducation, les marchés et la santé n’est que peu développé et les capacités de prises de décisions sont insuffisantes. Cette pénurie affecte également les installations sanitaires communales et l’eau courante, de même que les réseaux routiers et les facilités de transports et de communications.
Certains facteurs essentiels semblent augmenter le risque de pauvreté, il s’agit :
• Du chômage ou de l’occupation d’un emploi de faible qualité (par exemple un emploi mal rémunéré ou précaire), qui limite l’accès à un revenu décent et coupe les personnes de leurs réseaux sociaux;
• Des faibles niveaux d’éducation et de compétences puisqu’ils limitent l’accès des personnes aux emplois décents qui leur permettraient de s’épanouir et puisqu’ils empêchent les personnes concernées de participer pleinement à la société;
• De la taille et du type de famille (par exemple, les familles nombreuses et les familles monoparentales) qui augmentent le risque de pauvreté lorsque les familles concernées sont confrontées à des frais plus élevés, à des petits revenus et à la difficulté de décrocher un emploi bien rémunéré;
• Du genre – les femmes sont généralement davantage menacées par la pauvreté que les hommes car elles sont moins susceptibles d’avoir un emploi rémunéré, qu’elles touchent généralement des plus petites pensions, qu’elles s’occupent davantage des responsabilités de prise en charge et qu’elles ont souvent accès à des emplois moins bien rémunérés ;
• Du handicap et de la mauvaise santé puisque ces facteurs restreignent la possibilité d’accéder à l’emploi et augmentent les dépenses quotidiennes;
• De l’appartenance à une minorité ethnique (Roms) et aux groupes d’immigrants/ de migrants sans papiers, ces catégories souffrant davantage de discrimination et de racisme et ayant, par conséquent, une moindre chance d’accéder à l’emploi ; souvent ces groupes sont forcés de vivre dans des environnements physiques déplorables et accèdent difficilement aux services de base;
• De la provenance d’une communauté éloignée ou fortement défavorisée où l’accès aux services est médiocre.
Si tous ces facteurs créent des obstacles et des difficultés supplémentaires, ils doivent néanmoins être replacés dans le contexte structurel général, c’est-à-dire la manière dont un pays décide de distribuer la richesse et de traiter les inégalités.

la pauvrete la ou les hommes sont condamnes

Il existe une attitude, une croyance selon laquelle la pauvreté et la nécessité absolue d’un individu ou d’un groupe ne pouvant subvenir à ses besoins, doit être tributaire d’une assistance extérieure. Cette attitude et croyance partagée constitue le plus grand facteur s’auto-justifiant par le maintien d’un individu ou d’un groupe dans une condition de dépendance extérieure. Si chacun d’entre nous, quelle que soit sa situation, s’engage personnellement à lutter contre les facteurs de pauvreté, nous pourrons ensemble, grâce à l’effet multiplicateur de nos actions, contribuer à la disparition de ces facteurs ainsi qu’à la victoire ultime sur la pauvreté.

La pauvrete lutteLe manque de marchés et d’infrastructures, le manque de qualités de direction, l’incompétence des gouvernements, le sous-emploi, le manque de compétences, de capitaux et autres contribuent à leur tour aux grands facteurs de la pauvreté. Le colonialisme, l’esclavage, la guerre et les conquêtes sont autant de causes historiques qui ont, à l’échelle mondiale, contribué à la pauvreté. Cependant, ces causes et ce que nous considérons comme des facteurs d’entretien des conditions de pauvreté sont deux aspects sensiblement différents. La différence se manifeste dans notre façon de combattre aujourd’hui ces causes. Il nous est impossible de retourner en arrière et de changer le passé. La pauvreté existe partout. Elle a ses causes. Nos possibilités d’intervention sont orientées sur les facteurs qui entretiennent la pauvreté.

RB

Quel Avenir Pour Les Enfants De Cité Soleil Impliqués Dans Des Gangs? (première partie)


Haiti-Observateur 7-14 janvier 2015
Par Rosie Bourget

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Vous avez certainement tous entendus parler de la tristement célèbre Cité Soleil, ci-devant Cité Simone ; l’un des plus grands bidonvilles du département de l’Ouest. D’une extrême pauvreté, le secteur le plus dangereux d’Haïti regroupe environ 400 000 habitants. Cité Soleil a été fondée dans les années 1960 par François Duvalier et portait à l’origine le nom de Cité Simone, en référence à son épouse Simone Ovide. De plus, c’est l’endroit où les gros chefs de gang se cachent. Au cas où vous êtes enlevé ou kidnappé, on a plus de chance de vous retrouver à cet endroit. Cette étude/série qui sera publiée en six segments, vise à vous donner une idée globale du cadre dans lequel vivent les habitants, particulièrement les enfants de Cité Soleil.
Environ. 50 000 personnes, pour la plupart analphabètes, végètent dans des locaux mesurant environ. 8 à 10 m2 dans lesquelles s’entassent jusqu’à dix habitants. Les ordures ménagères s’amoncellent dans les ruelles étroites ou flottent dans les caniveaux d’égout qui passent devant chaque lignée de « cages ». L’odeur est pénétrante. Cité Soleil se trouve au niveau de la mer. Quand les grosses pluies légendaires des Caraïbes s’abattent sur Port-au-Prince, ces égouts débordent, inondant les passages et, évidemment, l’intérieur des maisons.

adolescents de cite soleil

Le gangstérisme à Cité Soleil, un fléau, une épidémie qui conduit les enfants à la ruine. Il faut être courageux pour mettre au grand jour cette problématique qui prend de l’ampleur tous les jours et qui détruit des jeunes pour le restant de leur vie en les marquant d’une façon inconcevable. La face cachée d’une société qui joue à l’autruche prisonnière de leur peur. Appartenir à un secte devrait aider à se sentir mieux et surtout, prôner de belles valeurs. Ce qui n’est malheureusement pas le cas en Haïti. Les jeunes préfèrent la poigne de fer et l’intimidation, instaurer un monde de terreur et de violence jusqu’à ce qu’eux-mêmes goûtent à leur propre médecine ou qu’un de leur proche tombe pour toujours. Alors là, il serait trop tard pour prendre du recul ou pour juste penser émerger du cercle dans lequel ils ont signé un pacte d’appartenance.
Située au bord de la baie, c’est un bidonville, un endroit où des gens se battent pour vivre et où avec l’aide de tous, ils parviendront certainement à s’en sortir. Ce n’est pas un endroit où vous pouvez vous aventurer seuls, bien entendu. Il y a toujours un enlèvement, un meurtre… bref, des choses plutôt malsaines, qui s’y sont produits d’heure en heure. Il faut dire que le bidonville est un ensemble de corridors et que, pour le criminel, il est facile de saisir sa proie, de l’enlever et de l’entraîner dans des dédales de corridors et de s’y cacher.
Cité Soleil, dont la très grande majorité de la population vit dans une extrême pauvreté, a été abandonnée par les services publics entre 2004 et 2007 en raison de l’insécurité. Dès que le soir tombe, on ne traverse plus Cité Soleil, rendue à sa violence nocturne. Le calme devient une denrée rare pour ne pas dire quasi inexistant, surtout la nuit.

Des dizaines de milliers d’enfants vivant dans les rues de Cite Soleil et d’autres villes de la République d’Haïti souffrent d’un extrême dénuement et sont exposés à une violence quotidienne. Expulsés de chez eux, sans encadrement ni soutien familial, ils sont victimes de toute sorte d’abus, physiques et affectifs. N’ayant pas d’accès assuré à l’alimentation, au logement, à l’éducation ou à d’autres besoins élémentaires, ils sont exploités par des adultes, notamment les chefs de gangs, les criminels notoires qui les utilisent pour des activités illégales au détriment de leur avenir et de leur bien-être, en violation de leurs droits humains fondamentaux. Ce qui nous inquiète, c’est ce qu’il adviendra de ces enfants demain. Des milliers d’enfants vivant dans la rue sans surveillance, sans éducation, sans affection ni attention, habitués à la violence et aux brutalités quotidiennes. Quel avenir y a-t-il pour ces enfants et pour notre pays?

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Il est inquiétant de constater que des enfants de la cité sont recrutés de façon délibérée pour participer à des manifestations politiques dans l’intention de provoquer des troubles de l’ordre public, événements qui ont déjà fait des dizaines de morts ou de blessés parmi eux. Les enfants ne sont pas nécessairement sans famille mais vivent sans réelle protection, surveillance ou guidance d’adultes responsables. Bien que beaucoup d’enfants passent du temps dans les rues qu’ils considèrent plus que toute famille, résidence, institution ou leur réel chez-soi. Nombreux sont les enfants qui vivent dans la crainte des forces publiques, celles-là mêmes qui sont chargées de les protéger.
À propos du recrutement au sein des gangs de Cité Soleil, on note que les adolescentes se joignent à une bande marginale à travers un réseau de connaissances, d’amis ou de liens familiaux (cousins). Certains centres d’accueil sont des lieux de prédilection pour le recrutement. Plusieurs membres des gangs placés en centre d’accueil poursuivent leurs activités. Certains membres de gangs doivent se soumettre à une initiation, mais pas tous. Il existe, selon eux trois stratégies de recrutement. En premier lieu amicale, en deuxième lieu persuasive et finalement coercitive. Plusieurs adolescents m’ont raconté leur initiation : ils devaient se faire battre afin de prouver leur endurance ou encore commettre un vol.
Pour les adultes, les dizaines de milliers d’enfants vivant dans les rues de Cité Soleil sont des cibles faciles qui se prêtent à la manipulation. Comme nous avons décrit plus haut, en échange de petites sommes, les enfants se livrent à des activités illégales et, dans bon nombre de cas, ils sont exploités par des adultes, hommes ou femmes. Leur position vulnérable en fait également la proie des opportunistes politiques qui, dans le passé et jusqu’à aujourd’hui, ont recruté des enfants de la cité pour défiler lors de manifestations, pour intimider des responsables politiques et pour aider à semer l’agitation et créer des troubles de l’ordre public.

Par ailleurs, étant donné que les enfants de Cité Soleil s’organisent en groupes selon une hiérarchie bien établie, il est facile d’attirer quelques-uns de leurs chefs qui peuvent ensuite mobiliser des centaines d’enfants en peu de temps. Dans certains cas, les enfants de la cité, qui n’ont souvent rien à faire, se sentent naturellement attirés par les foules et les manifestations et ils y participent de leur plein gré. Mais le plus souvent, ils sont recrutés délibérément pour gonfler les rangs des participants présents aux manifestations publiques, au détriment de leur santé, de leur amour propre et de leur sécurité. Au cours des dernières années, des dizaines d’enfants de Cite Soleil ont été tués et beaucoup d’autres blessés en participant à des rassemblements politiques au cours desquels des affrontements ont éclaté avec la police et avec des manifestants affichant des opinions politiques opposées.

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Incapables de les nourrir, encore moins de payer leur scolarité, certains parents envoient leurs enfants dans les rues pour mendier ou chercher du travail dans les gangs, ou ils les abandonnent lorsque, confrontés au chômage, ils quittent leur foyer pour partir en quête d’un emploi dans d’autres régions ou d’autres provinces. Les hommes et les femmes qui élèvent seuls leurs enfants après une séparation ou le décès de leur partenaire les exposent souvent à la violence et à l’abandon lorsqu’ils vivent en concubinage avec quelqu’un d’autre. Dans bon nombre de cas, la seconde femme ou le second mari que le parent seul vient de cohabiter avec ne veut pas s’occuper des enfants d’un père ou d’une mère précédent (e) qui sont alors délaissés ou chassés. Dans le passé, les enfants dont les parents ne s’occupaient pas étaient pris en charge par des membres de la famille. Mais certaines familles, déjà en peine de prendre soin de leurs propres enfants, ne veulent ou ne peuvent pas se charger d’enfants supplémentaires.

Le nombre d’enfants qui vivent et travaillent dans les gangs à Cité Soleil ne cesse de croître. Bien que les chiffres exacts ne soient pas connus, les militants de la protection de l’enfance estiment que le nombre d’enfants de la cité et dans d’autres zones urbaines a doublé au cours des dix dernières années. Les causes qu’ils identifient pour expliquer cette augmentation sont multiples et parfois étroitement liées. Selon les supporteurs de l’ancien président Jean Bertrand Aristide, les deux coups d’États successifs, l’une qui a débuté en 1991, l’autre en 2004 ont fait beaucoup de victimes et ont dévasté le pays. Certains enfants vivant dans les rues ont perdu leurs parents pendant les événements soit directement dans les conflits, soit à cause de la faim ou de la maladie ou ont été séparés d’eux alors qu’ils fuyaient la violence, en particulier dans le Nord de la capitale, ravagé par les « koupe tèt boule kay ». La pauvreté déjà bien établie s’est aggravée en raison des combats internes et a également décimé les familles de la cité.

Les enfants de Cité Soleil que nous avons interrogés ont donné des descriptions crues des violences physiques subies à la maison. Dans certains cas, ces violences étaient si graves qu’elles avaient été la cause de leur départ. Leurs beaux-pères et belles-mères étaient souvent les auteurs de ces sévices et ils traitaient différemment leurs enfants biologiques et ceux issus de mariages ou « passages » précédents (réservant notamment à ces derniers des châtiments sévères).

Lors de notre visite à Cité Soleil, des résidents nous ont signalé que les violences physiques infligées aux enfants à la maison étaient courantes dans beaucoup de familles vivant dans la cité, mais que les cas de maltraitance d’enfants et de négligence aboutissaient rarement devant la justice. Ils ont indiqué qu’aux termes de la loi haïtienne, ils ne sont pas bien imbus, au cas où un parent peut être inculpé et jugé responsable si un enfant est sévèrement battu mais généralement, ni les parents ni les enfants ne dénoncent les mauvais traitements à la police. Ce sont plutôt les voisins ou les membres de la famille qui tentent d’intervenir pour résoudre les problèmes familiaux. Dans la plupart de différends familiaux, l’accent est mis sur la réconciliation et non sur le châtiment, en partie parce que l’État n’a pas les infrastructures nécessaires pour accueillir les enfants maltraités ou abandonnés.……(à suivre).

r_bourget@yahoo.com
MTS(Maitrise en Travail Sociale)

COMPORTEMENTS HOSTILES


FLORAISON BOOK COVER (2)

Par Rosie Bourget

Haïti Observateur 24-31 décembre 2014
Vous avez un comportement désagréable/hostile ? Vous n’êtes pas sociable ? On rencontre sur notre route, dans tous les groupes des personnes dont l’attitude désagréable/hostile complique la vie des autres. Nous en avons tous fait l’expérience. Et lorsque vient le temps de travailler au sein d’une organisation, cette loi de la vie se vérifie invariablement. Nous avons tous pris part à des débats, assisté à des réunions ou à des activités dont le déroulement a été perturbé ou retardé par le comportement d’une personne hostile/difficile. Dans la majorité des cas, c’était une manifestation de mauvaise humeur causée par des événements horribles comme, par exemple, le chômage, le train de vie, la vie conjugale, une maladie incurable, le manque de sommeil, des difficultés personnelles ou d’autres ennuis temporaires.
Ce type de d’attitude difficile est passager ou sporadique. Le comportement vraiment problématique est celui des personnes qui sont difficiles tout le temps, en toutes circonstances et avec tout le monde. En d’autres mots, leur attitude désagréable ne disparaît pas après une bonne nuit de repos. Comment reconnaître une personne réellement difficile ? Que faire pour l’aider à surmonter les obstacles ? La solution passe peut-être par un changement de comportement à long terme ?
Les gens agressifs/hostiles. Ce sont des butors qui se plaisent à malmener, rudoyer et intimider. Ils estiment que leurs victimes sont des êtres faibles qui méritent le traitement qu’ils leur réservent. Par conséquent, ils sont stimulés par les signes de faiblesse. Les gens hostiles/difficiles ont appris, souvent dès l’enfance, qu’en se montrant désagréables, ils mettraient les autres en position de faiblesse. Dès lors, ils comptent sur cette faiblesse pour obtenir ce qu’ils veulent. La plus importante leçon qu’on puisse apprendre de cette rubrique est probablement d’éviter de se laisser dominer par les gens difficiles, et de rester sur un pied d’égalité en apprenant à les résister.
Face à une personne hostile, certains optent pour l’acceptation passive, parce qu’ils répugnent l’affrontement et préfèrent agir comme si de rien n’était. Mais l’absence de réaction ne fait qu’encourager la personne hostile à recommencer et sa victime, quant à elle, se sentira persécutée. Par contre, si l’on apprend à tenir tête à une personne au comportement agressif ou difficile, on pourra finir par composer avec elle lors d’une réunion, d’une activité, d’une discussion ou d’un travail en cours. On instaure un climat dans lequel on peut tous deux fonctionner de façon productive.
Le fauteur de troubles ou batailleur a besoin d’avoir raison, il ne reculera devant rien pour obtenir gain de cause. Arrogant, il ne se contentera pas d’attaquer l’idée ou le projet d’autrui, il s’en prendra à vous personnellement. La tactique la plus importante en face d’un frotteur de trouble/ batailleur, c’est la défense. Si l’on ne se défend pas, on sera tenu pour quantité négligeable non existant à ses yeux. Si le batailleur vocifère, on laisse passer la crise et lui donner le temps de se calmer si possible. Ensuite, on prend charge de la situation.
Il se peut qu’on doive couper la parole au fauteur de troubles pour pouvoir parler, car il n’a pas l’habitude de céder la parole aux autres. On attire son attention en prononçant son nom d’une voix forte, tout en essayant de le rappeler à l’ordre en le faisant comprendre que son comportement agressif dérange. Puis on présente son point de vue avec assurance en utilisant des phrases comme mon avis…, Je ne suis pas d’accord avec vous… De cette façon, on ne dit pas au Batailleur ce qu’il doit faire, on exprime plutôt votre opinion. Au cours d’une réunion ou d’un débat, il est très important de repérer les intervenants qui se laissent influencer par le négatif.
Ne laissez pas celui-ci dominer la discussion en critiquant tous vos plans et toutes vos idées. Demandez plutôt aux autres de donner leurs avis sur les problèmes éventuels. Choisissez des gens dans votre réseau d’amis ou le groupe de gens que vous savez réalistes, décents et objectifs. Et si quelque chose a mal tourné, demandez comment l’erreur peut être évitée à l’avenir plutôt que de la ressasser.
Un travail de formation s’impose : Tensions, brimades ou humiliations, insultes, des relations amicales qui se détériorent. Propos désobligeants, insinuations, comportements à connotation sexuelle, actes violents, critiques injustifiées, mise au placard La liste des violences en ligne qui peuvent prendre place au sein de notre communauté est longue. Ces violences peuvent être exercées par une personne ou un groupe de personnes, détentrice (s) ou non d’une autorité hiérarchique, à l’encontre d’un ou de plusieurs autre (s) membre (s). Même lorsque je n’interviens plus dans les fora, étant membre de tous groupes, j’ai tout lu sur les réseaux sociaux.
Certains de ces hommes et femmes écrivent ou parlent de n’importe quoi. Souvent, ils ne se rendent pas compte qu’ils discutent de choses qu’ils ne connaissent pas bien. Ils semblent prendre un plaisir évident à persécuter et à énerver les autres.
Les Je-sais-tout se croient supérieurs aux autres et le montrent en se montrant pompeux et condescendants. C’est très grave, et même très drôle, toute cette campagne de dénigrement, de division et de déstabilisation qui prend le dessus dans notre société. Je pense qu’elle a besoin des professionnels de toute tendance pour réaliser un travail de formation .La preuve se trouve dans la façon dont nous agissons avec nos compatriotes en plein forum. Il faut tout d’abord agir rapidement pour mettre un terme aux agissements hostiles au sein de nous pour éviter la dégradation de la situation.
En tant qu’adultes, notre comportement irrationnel et notre mode de fonctionnement sur les réseaux sociaux vont clairement avoir un impact négatif sur de nombreux aspects de nos vies, notamment chez les jeunes à l’intention desquels nous devrions nous offrir en modèles.
Donc plus le temps passe, plus je crois que nous avons un tigre dans notre moteur que nous devons transformer en humain pour mieux vivre en société. Je vois ce travail de formation comme une nécessité, et qui va être énormément bénéfique pour la communauté. On peut discuter de la notion du temps, mais je pense que personne ne peut plus contester que cette révolution ou ce processus de changement de mentalité est là et possible si nous le voulons bien.
En conclusion, la présente pièce vous a décrit les personnes hostiles/difficiles/négatives et les attitudes à adopter pour faire face à leurs comportements. Ce genre de connaissances peut servir à faciliter les rapports au sein de votre réseau amical, de votre organisation, dans votre milieu de travail et même dans votre vie familiale. Un bon chef est celui qui sait reconnaître les comportements indésirables et y réagir efficacement pour le bien de toutes les personnes concernées.
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Social)