Quel Avenir Pour Ces Enfants De Cité Soleil Impliqués Dans Des Gangs ? (6eme et dernière partie)


Haïti-Observateur 18-25 février 2015
Par Rosie Bourget

À l’instar des filles vivant dans les rues de Cité Soleil, les garçons risquent également de subir des abus sexuels et beaucoup ont été victimes de viols commis par des hommes et des petits garçons de la cité plus âgés. Les plus jeunes et ceux qui viennent d’arriver dans la rue sont particulièrement exposés aux agressions sexuelles. Certains cas de viol d’enfants de Cité Soleil font partie du bizutage ou “baptême de feu”. Beaucoup se montrent réticents à parler de la violence sexuelle, réticence encore exacerbée par la stigmatisation et le sentiment de honte car les relations homosexuelles sont considérées comme taboues en Haïti, comme dans de nombreuses régions du pays. Certains garçons avec lesquels nous avons parlé ont toutefois accepté de parler des abus sexuels qu’ils avaient subis dans la rue. Aucun d’eux n’avait officiellement dénoncé le viol ou cherché une aide médicale, en partie, ont-ils expliqué, parce qu’ils étaient trop gênés de signaler ces actes ou ils sentaient que la police ne ferait rien ou pire, qu’elle se moquerait d’eux.

Jean Ronald, onze ans, est parti de chez lui après le décès de sa mère lorsqu’il avait neuf ans. Il a vécu dans les rues de Cité Soleil pendant pratiquement deux ans, avec un groupe de six garçons qui avaient à peu près son âge. Il passait son temps à aider les marchandes de « chen janbe » qui lui donnait à manger, et à jouer avec ses paires. La nuit, ils prenaient leurs boîtes en carton et dormaient aux abords des églises et des bâtiments abandonnés. Jean Ronald nous a raconté que les garçons plus âgés venaient et le sodomisaient, le considérant comme leur “femme.” « Cela m’est arrivé souvent. Parfois on nous promettait de la nourriture ou de l’argent si on était d’accord pour faire cela mais je n’ai jamais rien reçu. D’autres fois, je les laissais me sodomiser en échange de leur protection ou pour partager des espaces pour dormir. C’étaient des hommes différents à différents moments, pas toujours le même homme. Ils n’utilisaient jamais de préservatifs. Quand ils me sodomisaient, cela pouvait faire très mal et me faire beaucoup souffrir. Je prenais souvent de la drogue, comme ça je n’y pensais pas trop. »

Savez-vous qu’une relation parent-enfant inadéquate est l’une des caractéristiques familiales des jeunes à risques d’adhésion aux gangs ? Une approche véritable, compréhensive et terre à terre, jumelée à des programmes d’intervention sociale sont souvent des solutions contre les gangs de rue au sein de communautés défavorisées. Savez-vous comment déterminer si votre enfant est impliqué dans un gang ? Il faut remarquer certains signes mais la clef est d’avoir une bonne communication avec son enfant.

Comment réagir lorsque l’on se fait appréhender par un gang ? Dans la plupart des situations, il ne faut jamais résister, éviter toute altercation et essayer de s’échapper au plus vite de cette situation. Comment aider un ami ou être cher qui a adhéré à un gang ? Il est important de savoir qu’il y a plusieurs ressources disponibles afin de venir en aide à un ami qui veut sortir d’un gang.

Pourrions-nous éviter certains problèmes de violence en investissant dans l’éducation et la prévention ? Certainement. Le droit à l’éducation est garanti par de nombreux instruments internationaux des droits de l’homme, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Convention relative aux droits de l’enfant.

Ces instruments précisent que l’enseignement primaire doit être “obligatoire et accessible gratuitement à tous.” Unique parmi tous les droits garantis dans le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le droit à l’enseignement primaire est soumis à une disposition spéciale qui oblige l’État “à établir et à adopter un plan détaillé des mesures nécessaires pour réaliser progressivement, dans un nombre raisonnable d’années fixé par ce plan, la pleine application du principe de l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous.

Comme il est expliqué dans le présent rapport, de nombreux enfants ont commencé à chercher du travail ou à passer du temps dans la rue parce qu’ils n’étaient pas à l’école. Le taux élevé de décrochage scolaire et la proportion importante d’enfants en particulier de filles qui ne fréquentent jamais l’école est un sujet de préoccupation grave pour le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qui a relevé qu’en pratique, l’enseignement primaire n’est pas gratuit en Haïti et que les frais de scolarité, les uniformes et le matériel restent trop onéreux pour la plupart des familles. Les frais de scolarité ou autres frais connexes ne devraient jamais mener à la négation du droit à l’éducation ni inciter les enfants à se tourner vers la vie dans la rue. S’il veille à ce qu’un maximum d’enfants puissent aller à l’école en réduisant progressivement, puis en éliminant les frais de l’enseignement primaire qui constituent un obstacle, le gouvernement haïtien pourra remplir ses obligations sur le plan des droits humains et contribuer à empêcher de futures générations d’enfants d’échouer dans la rue.
Pour conclure notre série, on peut dire que la situation des habitants de Cité Soleil est précaire. Les enfants de cette ville vivent dans la saleté et l’insécurité totale. Ils n’ont pas de droits et n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé ou à la sécurité. Ils sont victimes de différents types de violence. Ils sont battus et reçoivent des coups de pied, ils sont victimes de violence sexuelle, tant les garçons que les filles, et ils sont confrontés au risque d’exploitation économique. Les bandits et les gangs, les criminels notoires et l’armée onusienne usent et abusent de ces enfants. Les filles sont particulièrement exposées au viol et aux agressions sexuelles des militaires onusiens et des sentinelles qui gardent les bureaux et les bâtiments la nuit.
Cependant, en dépit de toutes difficultés, tout n’est pas perdu à Cité Soleil, il suffit de créer des liens et un pont de communication durable entre les jeunes et les instances concernées telles, les ministères des affaires sociales, de la jeunesse et au sport, y compris le ministère à la condition féminine pour encadrer les filles. Je suis certaine qu’il y a encore de l’espoir, les autorités haïtiennes sont capables de se prendre en main. Il est essentiel que nous travaillions tous ensemble à créer un monde meilleur pour ces jeunes de Cité Soleil qui le méritent, mais aussi je suis fermement convaincue que l’entraide, la coopération, le sentiment d’appartenance et la volonté qui nous lie avec ces enfants en péril ne peut que croître avec les années. Pour contrecarrer le gangstérisme, donnons à nos jeunes des alternatives. Ensemble, nous pouvons faire la différence pour le bien-être de ces enfants impliqués dans les gangs, qui, à coup sûr représentent l’avenir d’Haïti.

Cité Soleil n’est qu’un bidonville parmi tant d’autres, par contre, pour que ces jeunes puissent bénéficier d’une vie meilleure, il faut des gens qui œuvrent pour créer un environnement de qualité pour que la population vive plus sereinement agissent avec conviction et détermination. Afin de sensibiliser les gens au phénomène des gangs, il est primordial d’en parler et de poser des gestes afin d’aider à en diminuer les conséquences. Ensemble, nous allons faire une différence dans la vie de ces jeunes qui n’ont d’autres recours que le gangstérisme.

Ici prend fin notre série d’articles relatant les conséquences du gangstérisme sur les jeunes vivant dans le quartier le plus réputé des violences qu’est, Cité Soleil. Nous vous remercions de nous accorder non seulement votre précieux temps, mais aussi de votre intérêt de nous lire chaque semaine, car considérant notre emploi du temps, publier un documentaire d’une telle envergure, de plus de 20 pages (8 ½ x 11) en six semaines consécutives n’est pas une mince affaire. C’est un travail de titan. Au cas où vous seriez intéressé à faire provision de connaissance, à lire d’avantage d’articles sur le même ou d’autres sujets, nous vous invitons à visiter notre nouveau blog : http://unpeudetoutblog.com

r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

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