Quel Avenir Pour Les Enfants de Cite Soleil Impliqués Dans Des Gangs? (3ème partie)


Haïti-Observateur 21-28 janvier 2015

Par Rosie Bourget

Police Station in Cite Soleil
Depuis le début de notre sérié, relatant le phénomène de gangstérisme (le gangstérisme s’entend des activités criminelles des gangsters) a Cité Soleil, la question des gangs a été étudiée sous l’angle de l’absence des parents assassinés, ou atteints du sida, de la pauvreté et de la désorganisation sociale. La prochaine section résume certaines propositions importantes relatives aux conditions sociales dans lesquelles vivent généralement les personnes qui s’associent aux gangs.
Beaucoup ont jusqu’à tout récemment associé gangs et adolescence. Si les personnes associées aux gangs sont pour une bonne part à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte, comme la majorité des délinquants d’ailleurs, la composition de ces groupes semble avoir évolué au fil du temps. On observe à cet égard une augmentation de l’étendue de l’âge de ces groupes, tant vers les plus jeunes que vers les plus âgés. En fait, les membres plus âgés ont tendance à demeurer dans ces groupes tandis que le recrutement semble se faire de plus en plus tôt. Certains estiment d’ailleurs l’étendue allant de 11 à 50 ans (Hemmati, 2006). Les groupes plus organisés et plus impliqués dans une criminalité de marché trouveront une certaine pérennité par rapport aux groupes dont la délinquance est plus expressive. Les membres impliqués dans une criminalité plus structurée seront donc plus âgés. Par ailleurs, les organismes de prise en charge pénale pour adultes sont susceptibles d’être aux prises avec des personnes associées aux gangs de plus en plus âgés.

La question de la désorganisation sociale et son impact sur l’affiliation des jeunes marginaux aux gangs figurent aussi parmi les thèmes les plus fréquemment invoqués pour expliquer le phénomène. La délinquance, de manière générale, serait vue comme le résultat de la convergence du faible statut socioéconomique, du manque de volonté de la part de l’État ou les instances concernées et de la mobilité résidentielle présents dans un quartier donné. De telles conditions seraient de plus associées à une inefficacité des institutions socialisantes à exercer un contrôle formel (par l’intermédiaire des institutions comme la police ou des agences responsables de la sécurité) et informel (par l’intermédiaire des parents, des amis ou des voisins) sur certaines personnes.

Les grands changements sociaux, on n’a qu’à penser aux bouleversements associés à l’industrialisation, à l’urbanisation, entraîneraient un désengagement des agents de socialisation traditionnels et favoriseraient l’émergence de la désorganisation sociale et, par le fait même, de la délinquance. Les groupes de déviants, comme les gangs, offriraient alors une solution de rechange en proposant un cadre, des références, une identité, des normes et des possibilités.

Néanmoins, l’impact du niveau de désorganisation sociale n’aurait pas un effet linéaire sur l’ampleur du phénomène des gangs. Les travaux sur l’effet de la mobilité résidentielle et sa relation négative avec la présence des gangs indiquent qu’un certain niveau de cohésion est nécessaire à l’émergence des gangs dans les quartiers défavorisés. Bien que le faible contrôle social contribue à l’émergence du phénomène, il semble qu’un réseau social relativement stable figure parmi les ingrédients essentiels à l’émergence de tels groupes.

Si la désorganisation sociale semble expliquer l’émergence des gangs dans les grands centres urbains, elle n’explique pas forcément l’adhésion des personnes d’un point de vue individuel. À cet égard, l’explication de la désorganisation sociale n’a reçu qu’un appui empirique au mieux mitigé. Par exemple, la synthèse des facteurs de risque individuels proposée par Klein et Maxson (2006) semble indiquer que les indicateurs criminogènes d’un quartier n’ont peu ou pas de lien avec l’adhésion à un gang chez les jeunes à risque. Un facteur comme le réseautage avec les pairs obtient quant à lui un appui beaucoup plus systématique.

Les travaux sur les adolescents impliqués dans les gangs ont permis de documenter le processus d’affiliation ainsi que les facteurs faisant partie d’un tel processus. Bien que l’objectif du présent rapport ne soit pas d’étudier l’influence des difficultés scolaires ou de la désorganisation familiale sur l’affiliation, il importe néanmoins de rappeler certaines caractéristiques des personnes associées aux gangs à cet égard.

Les personnes associées aux gangs, comme une proportion importante de délinquants d’ailleurs, proviennent de milieux familiaux souvent instables. Par exemple, un survol de certains travaux sur la question indique que la vie familiale de ces délinquants est pour le moins difficile. Il s’agit fréquemment de familles brisées ou désunies, parfois aux prises avec des problèmes politiques, de coups d’états ou de changements de gouvernement.

Plusieurs citoyens déclarent avoir été témoins et aussi victimes de violence physique. Les parents de ces délinquants ont des habiletés parentales déficitaires, lesquelles donnent lieu à des relations souvent perçues comme peu affectueuses et où l’encadrement et le contrôle parentaux font notablement défaut. Certains travaux révèlent également que les familles des jeunes associés aux gangs ont tendance à banaliser les comportements de violence. Pour certains, le manque d’encadrement parental, beaucoup plus que la qualité des relations parents-adolescents, serait un facteur déterminant dans l’adhésion aux gangs.

À l’école, ces jeunes sont aussi aux prises à plusieurs difficultés. Il n’est pas étonnant de constater que les personnes associées aux gangs éprouvent des troubles d’apprentissage et accusent généralement beaucoup de retard dans leur cheminement scolaire. Ils ont aussi tendance à avoir un taux de décrochage particulièrement élevé, ce qui peut contribuer au sentiment d’exclusion. À cet égard, Hamel et ses collaborateurs (1998) font plus que décrire les difficultés scolaires comme un simple facteur de risque menant à la délinquance. Pour eux, les problèmes scolaires s’insèrent dans le processus de marginalisation multiple (Freng et Esbenson, 2007) où les échecs et les frustrations placent le jeune dans une position où le gang devient une option viable, même satisfaisante et valorisante.
Les perspectives d’employabilité ne sont guère plus reluisantes pour les jeunes qui gravitent autour des gangs. Bien que les membres de gangs puissent obtenir des emplois légitimes, ils sont moins enclins à être employés pour de longues périodes de temps, travaillent moins d’heures et sont moins dévoués à leur travail que les non-membres de gang. Issus de milieux défavorisés, souvent peu scolarisés et éprouvant un sentiment d’isolement (Belitz et Valdez, 1994), les membres de gangs présentent donc plus de risques d’atteindre leurs objectifs d’idéal masculin traditionnel par un mode de vie délinquant empreint de domination et de compétition que par une vie rangée………(à suivre).
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

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