Quel Avenir Pour Les Enfants de Cité Soleil Impliqués Dans Des Gangs? (2ème partie)


Cite Soleil en jaune

Haiti-observateur 15-22 janvier 2015

Par Rosie Bourget

Certaines personnes se servent des enfants de la Cité Soleil pour espionner des personnes soupçonnées d’être des hommes/femmes d’affaires et des gens vivant dans la diaspora. Elles les utilisent comme appâts lors d’opérations criminelles et, dans certains cas, elles les recrutent pour participer à des cambriolages de magasins et de maisons. Les enfants nous ont déclaré n’avoir d’autre choix que celui d’obtempérer à ce que leur demandent les chefs de gangs ou ils risquent d’être maltraités et harcelés. Certains enfants dont un parent ou les deux morts du Sida (VIH) sont recueillis par des inconnus mais ils n’y connaissent que maltraitance ou négligence et ils finissent quand même à la rue.

Dans le cadre de notre travail, nous avons interrogé de nombreux d’enfants qui nous ont avoué que le chômage, la pauvreté, la maladie, les frais de scolarité prohibitifs et une myriade d’autres facteurs sont à la base de l’augmentation du nombre d’enfants vivant dans les rues et travaillant dans des gangs. Deux facteurs supplémentaires étroitement liés ont toutefois contribué à alimenter les rangs des enfants de Cité Soleil: les mauvais traitements et l’abandon des enfants orphelins ainsi que l’impact du VIH/SIDA sur les familles et les enfants affectés ou infectés par le virus. Au cours de nos entretiens, nous avons découvert que les enfants orphelins pris en charge par des membres de la famille et les enfants dont la mère ou le père s’était assassiné, étaient beaucoup plus susceptibles d’êtres recrutés que ceux qui vivaient avec leurs deux parents biologiques.

Vous apprendrez probablement qu’un jeune homme du même âge que le vôtre est venu au parc, près de chez vous, pour lui demander s’il avait envie de faire de l’argent facilement et surtout rapidement. Car c’est sans aucun risque. En effet, beaucoup de parents croient que leurs enfants apprennent tout par le biais d’internet, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Le sexe, la drogue, le viol, la mauvaise influence, les gangs… tous ces sujets « gênants » doivent être abordés calmement avec les enfants et dans toutes les écoles primaires.
Les gangs sont partout. Que vous vivez en Haïti ou à l’étranger, vous n’avez qu’à regarder si les murs des magasins, de votre maison, votre boîte aux lettres de quartier sont peintes de graffitis particuliers et vous saurez que vous êtes dans un « territoire » appartenant à un gang. Les parents n’abordent pas les sujets relatant le gangstérisme (forme de banditisme) avec leurs enfants, comme nos parents des temps anciens ne nous parlaient surtout pas de sexualité. Pourtant, on croyait que nous avions évolué et que nous n’avions plus peur de parler des sujets tabous avec nos enfants. Cependant pour en parler, il faut savoir quoi dire et probablement, comment le dire.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, la présence des gangs se fait sentir dans plusieurs villes d’Haïti, (zenglendo, chimè, jpp, rat pa kaka…) entre autres à Port-au-Prince, Carrefour, en Plaine, Solino, Martissant et Pétion-ville. Dans la capitale, depuis 2003, le nombre de crimes liés aux gangs n’a cessé d’augmenter et en 2012, un meurtre sur trois commis à Port-au-Prince était lié aux gangs. Bien qu’à première vue, l’adhésion à un gang peut sembler attrayante pour les jeunes, les conséquences pour ces garçons et filles sont extrêmement importantes; taxage, intimidation, prostitution, viol, drogue, vol, violence, etc. Les membres de ces organisations criminelles sont de plus en plus jeunes et malheureusement, trop souvent, nos enfants ne connaissent pas les conséquences liées à l’adhésion à un gang.

En ce qui concerne les caractéristiques des membres féminins, les recherches sont peu nombreuses. Les gangs sont généralement composés majoritairement de membres masculins. Les adolescentes occupent des fonctions auxiliaires au sein du gang. Elles ont leurs premiers contacts avec le gang alors qu’elles sont âgées entre 11 et 14 ans. Les parents des adolescentes impliquées ont un statut socio-économique faible, mais on peut quand même remarquer de jeunes adolescentes impliquées dans les gangs dont les parents ont un statut socio-économique moyen et quelquefois aisé. Les adolescentes ont une faible estime d’elle-même. Le gang représente un « pourvoyeur d’affection ».
On dit de ces adolescentes qu’elles sont allocentristes (centrées sur l’autre) et entretiennent une vision pessimiste de la réalité. Le rejet des normes sociales prend une place importante. Comme chez les garçons, elles manquent de supervision parentale. Les adolescentes accusent de lourds déficits à l’école; elles ont des difficultés au plan académique, présentent des retards pédagogiques ou de l’absentéisme.

Le phénomène des gangs est généralement décrit comme l’affaire des petits garçons et des jeunes hommes. Lorsque les filles de 10 et 15 ans et les jeunes femmes apparaissent dans le déroulement des activités du gang, elles sont généralement décrites comme des acteurs de soutien ou des victimes. Pour plusieurs, elles ne sont souvent que des objets sexuels ou perçues comme des garçons manqués, ou simplement des relations des membres, comme des sœurs, des amies ou des membres de la famille élargie. À cet égard, rares sont les études qui dépeignent les femmes comme partie prenante des décisions du groupe. Toutefois, des notes discordantes indiquent que les filles pourraient occuper une place plus importante que celle décrite traditionnellement. Certains chercheurs suggèrent que cette sous-représentation des filles est le fait de stratégies d’échantillonnage de convenance favorisées dans les enquêtes de terrain, lesquelles ne permettent pas la représentativité de l’échantillon (Moore & Hagedorn, 2001; Valdez & Kaplan, 1999).

D’autres suggèrent que les travaux traditionnels sur les gangs portaient principalement sur les groupes des grandes métropoles comme Los Angeles ou Chicago où les filles étaient sous-représentées et que les gangs de plus petites agglomérations urbaines pourraient contenir une proportion de filles légèrement supérieure, proportion atteignant parfois le cinquième voire le quart des membres (Thornberry & Porter, 2001; Thornberry Krohn, Lizotte, Smith & Tobin, 2003). À l’instar des données américaines, les données canadiennes suggèrent une faible présence des jeunes femmes dans les gangs urbains (Hemmati, 2006). Par ailleurs, plusieurs différences entre les hommes et les femmes permettent d’expliquer le fait que les jeunes femmes sont moins susceptibles d’être prises en charge par les institutions pénales pour adultes que les jeunes hommes. Parmi elles, mentionnons le fait qu’elles ont tendance à commettre sensiblement les mêmes crimes que les hommes, mais moins fréquemment, qu’elles occupent généralement un rôle de subalterne ou même d’accessoire, et qu’elles ont tendance à quitter le gang plus rapidement que les jeunes hommes……..(à suivre).
r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Sociale)

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