« Haïti, Cent Ans d’Histoire (1915-2015) et de Gouvernance » (première partie)


Un billet de Rosie Bourget et de Claudy B. Auguste

ColombNouveauMonde

Fin de juillet de l’année 1915, régnaient des moments de tension les plus intenses qu’a connus Haïti, au tout début du XXème siècle. Deux présidents assassinés en un seul jour. Le 27 juillet 1915, mort de Vilbrun Guillaume Sam et d’Oreste Zamor, le même jour. Ce dernier, Emmanuel Oreste Zamor, Président d’Haïti de février à octobre 1914, est assassiné au pénitencier de Port-au-Prince où il était détenu. L’assassinat de Roger Lafontant, en 1991, n’a pas fait l’histoire. Puis l’enceinte d’un consulat violé. Le Président Vilbrun Guillaume Sam, qui, à la suite de troubles graves dans le pays, s’était réfugié à la Légation française, en est extirpé et lynché par une foule hostile qui traîne son cadavre à travers les rues de Port-au-Prince. La dernière goutte d’eau transvasée fut de trop.

Un siècle plus tard, comme aurait pu si bien dire l’Honorable Député « Yes, I ya », nous célèbrerons dans la joie cet anniversaire au Champ-de-Mars. Carnaval des Fleurs, version 4 oblige. Probablement. Notre bien-aimé patrie qui patauge encore dans une misère accrue et un sous-développement inhumain et dégradant, vu l’absence immédiate d’infrastructures urbaines, en Cent Ans d’histoire, fut dirigé par des Hommes de Droit, des Généraux, un médecin, un prêtre, un agronome, un musicien-chanteur à succès…Toutefois la plaie rongeant le pays, pas aucun d’entre eux, pour ne pas dire tous, n’a jamais été touchée directement du doigt. « Maleng nan gwo anpil ».

Les responsables chargés de la gestion de nos villes négligent cet aspect de la vie urbaine, et parfois même y contribuent énergiquement. Et comment expliquer ou accepter que les villes restent ainsi, chargées et débordant de détritus, entourées d’ordures diverses, et cela même dans les quartiers les plus huppés et les plus chics ? Nos villes sont tellement sales qu’on ne fait même plus attention à tous ces déchets qui encombrent nos avenues et nos rues. Nous ne remarquons cela que quand les employés des services urbains de propreté et d’autres entités entrent en grève et laissent des monticules, des montagnes de détritus salir et polluer l’espace urbain… C’est un peu comme si l’on avait commencé à admettre un seuil minimum de saletés dans les rues…

D’autres problèmes peuvent être relevés dans cette belle nation qui est la nôtre, comme par exemple la question du respect du Code de la route, du comportement des piétons et de leur relation avec les règlements de circulation. Les conducteurs d’engins (autos, bus, motos…) ne respectent pas les passages protégés, mais il faut reconnaître que les piétons non plus ne leur marquent aucun intérêt.

Certes, il s’agit d’un problème de comportement des uns et des autres, mais cela peut également s’expliquer par le manque d’infrastructures et/ou par des installations défaillantes. Le propos ici n’est pas de minimiser ou de ne pas reconnaître la responsabilité des piétons dans leur attitude peu ou pas citoyenne, mais de rappeler que la faute incombe aussi aux responsables urbains qui ne veillent pas assez à assurer et aménager ces espaces de marche.

Nous ne pouvons donc reprocher aux seuls citoyens de ne pas se déplacer sur les trottoirs car ces derniers, dans la plupart des cas et quand ils existent, sont déjà encombrés par ces choses que nous connaissons tous (condoms, haillons, matières fécales, voitures abandonnées…), bien qu’il faille aussi admettre ce curieux comportement des piétons consistant à marcher en parallèle d’un trottoir, parfois même à quelques mètres, sur la chaussée.

Reprocher aux gens leur manque de civisme est une chose pourtant essentielle car ce civisme est bien souvent, trop souvent, étranger à l’esprit des haïtiens. Exhorter les citoyens à modifier leurs habitudes est aussi une chose fort recommandable et recommandée car cela entre dans le cadre de la sensibilisation. Mais il est aussi très important de réaliser les infrastructures nécessaires pour encourager les populations à se montrer plus respectueuses des règles, et des trottoirs.

Et puis, une autre question d’importance, les aménagements de ces trottoirs… en Haïti, être une personne aux besoins spécifiques est un véritable calvaire. La plupart des trottoirs, pour ne pas dire presque tous, sont conçus sans pentes pour fauteuils roulants ou poussettes pour bébés. Il existe même certains trottoirs difficiles à emprunter par des personnes disposant de toutes leurs aptitudes physiques, eu égard à leur hauteur inexpliquée et inexplicable. Les architectes urbanistes, les administrations, ne pensent-ils donc pas, pensent-ils donc si peu, aux personnes handicapées ou aux jeunes mamans avec leurs nourrissons, c’est-à-dire ces personnes qui ont besoin d’aménagements dédiés ? Une question importante, que les édiles et les ingénieurs municipaux devraient plus et mieux prendre en considération.

Autre chose, les espaces réservés (si par hasard il y en a) aux « parkings » pour personnes handicapées ou à mobilité réduite. Dans des supermarchés et des édifices publiques, de tels emplacements seraient prévus et surmontés d’un écriteau portant cette belle et intéressante mention : « Si vous voulez prendre ma place, prenez donc aussi mon handicap ». Des gardiens seraient même prévus pour empêcher les personnes sans handicap de garer leurs véhicules à ces places réservées.

Voilà donc une heureuse initiative que nos responsables urbains seraient bien inspirés de suivre, en appliquant la logique et le processus suivants : aménager ce qui doit l’être là où il y a lieu de l’être, puis sensibiliser les gens à respecter ces aménagements et, enfin, entreprendre les actions nécessaires pour les inciter à modifier leurs comportements. La décision du propriétaire montrerait que telle chose est très aisément concevable, même si elle doit prendre du temps avant d’entrer réellement en application et d’être respectée par tous.

La gestion des villes requiert une vision stratégique sur ce que nous voulons être à moyen et long terme. L’évolution des attitudes de chacun et de tous, le changement des modes de vie prend naissance de ce type de détails.

Les hommes de loi, tels les présidents Borno, Roy, Vincent…Jonassaint, Boniface Alexandre…ne se sont pas penchés sur une vraie réforme du système judiciaire du pays. Ou n’ont-ils pas voulu ou c’était loin de là leur mission. Quelle mission! Sommes-nous encore au fond d’une gouffre? Des lois, arrêtés présidentiels, arrêtés communaux datant du IXX ème siècle, sont encore aujourd’hui en vigueur. Parlant des militaires, par force de garder un statu quo en refusant d’envoyer l’armée protéger les frontières, ils ont travaillé à sa perte. Une si belle institution hiérarchisée. Haïti dont la superficie terrestre est deux fois moins inférieure à celle limitant ses hautes mers, avait de quoi se doter d’une marine forte. Mais l’armée était beaucoup plus forte dans la répression de manifestants pouvant les empêcher de faire et de défaire des gouvernements…à suivre.

r_bourget@yahoo.com
(MSW) Masters of Social Work
Author
Claudyauguste@gmail.com
Journaliste/Romancier(Ania La Princesse)

UN DICTATEUR QUI A MIS SON PAYS À GENOUX EST MORT


Par Rosie Bourget et Claudy B. Auguste

funerailles de jean-claude Duvalier
De Staline en Russie, des Duvalier en Haïti à Pinochet au Chili, il y a au moins une chose que nous ayons appris des dictateurs. Malgré les choses terribles qu’ils font souvent envers leur peuple, leur passage au pouvoir a un impact significatif sur la vie de leurs victimes.
Mais pourquoi appelle-t-on le bras de fer Jean-Claude Duvalier « l’ex-dictateur » ? « Once a criminal, always a criminal », un criminel reste un criminel. Les exilés, les soi-disant prisonniers politiques torturés à Fort dimanche, les images sidérantes montrant le dictateur « Baby Doc » jetant des billets de 2 à 50 gourdes à la foule depuis les fenêtres de sa Mercédès # 1 marqueront à jamais les esprits de ses victimes.

Jean-Claude Duvalier, arrivé au pouvoir dans les conditions que nous connaissons, avait toutes les chances de faire de notre pays une vraie perle des Antilles. Il était aimé, adulé par la population qui voyait en lui une rupture avec les méthodes expéditives qu’utilisait son père pour faire taire les opinions contraires.

Si les faucons du régime qui s’appuyaient sur la présence de sa mère, n’étaient pas trop présents dans les couloirs de l’administration, il aurait été passé pour l’un des plus grands présidents qu’Haïti n’ait jamais connus. « Fils authentique »? Il n’était pas de notre monde. Il a connu la gloire à sa naissance. Fils d’ancien ministre et de président de la République.

Accusé d’avoir détourné plus de 100 millions de dollars de fonds publics lorsqu’il était au pouvoir avec son ancienne épouse, le dictateur, criminel notoire haïtien Jean-Claude Duvalier ci-devant «Baby Doc» pour les intimes qui a régné de 1971 à 1986 et décédé samedi 4 octobre 2014 dans son pays natal Haïti à 63 ans d’une crise cardiaque, dit-on, provoquée en partie par une tarentule mordre.
Manipulable et manipulé, Jean-Claude Duvalier prend les rênes du pouvoir en Haïti à 19 ans en 1971, à la suite de la mort de son père le Dr. François Duvalier qui était à la tête du pays depuis 1957. Au début de sa présidence, de 1973 à 1975, Jean-Claude Duvalier prône la fraternité. Mais très rapidement cette tentative de prédicateur a pris une autre ampleur, le régime a changé de ton. Dès les années 1980, une mouche a piqué le dictateur qui brusquement a changé son fusil d’épaule.
Alors que la justice haïtienne venait d’ordonner, il y a quelques mois, une enquête sur les crimes contre l’humanité imputés à l’ancien dictateur, il est décédé sans avoir été juge. À l’issue de cette enquête, la décision devait être prise de poursuivre ou non l’ancien dictateur. Depuis son retour, de nombreuses plaintes avaient été déposées contre lui, pour arrestations illégales, torture, emprisonnement et exil forcé de ses opposants, mais aussi détournements de fonds. Aucun procès n’avait pu être organisé jusqu’à date. Le people a raté la chance de trouver justice.
La Radio Nationale, inaugurée en 1978, avec comme pour premier directeur, le professeur Rémy Mathieu, annonçait la détente. Les abus des militaires et des makouts étaient fréquemment dénoncés. Mais les vautours, vieille garde de l’avant-veille de la Révolution de 1957, s’il en était vraiment une, voyaient cette ouverture « démocratique » d’un mauvais œil. Silvio Claude en a pris le devant pour former le PDCH. Ses ennuis ont commencé avec l’étau qui se resserrait.

L’Administration Carter exigeait des réformes. Elle parlait d’élections et Duvalier lui donnait des préoccupations par le relâchement de nos côtes. Les boat-people envahissent la Floride. Carter perd les élections. Les Duvaliéristes ont salué l’arrivée des républicains à la Maison-Blanche. Mauvais calcul. Les menaces du spectre du communisme, le leitmotiv du régime, ne font plus peur aux Américains. Ils exigent une alternance politique. Vatican fait le jeu. Jean-Paul II négocie le Concordat de 1860. Jean-Claude Duvalier y renonce. Crétinisme qu’il est. Le pape autorise son mariage religieux avec une divorcée et il fait brièvement escale à Port-au-Prince. Ernest Bennet fait concurrence aux Brandt.

Arrivé en 1985, il a attendu trop longtemps pour amender la Constitution, puis après une séance-marathon où « la Chambre J’approuve » acquise à sa cause, le principe d’un Premier-Ministre fut accepté. Trop tard. Gonaïves, toujours à l’avant-garde, demande la tête du chef. Le chef des Tontons Makout, le chef Suprême.
Dès les années 1980, la presse est censurée et les exactions des « VSN », Volontaire de la Sécurité Nationale, une milice qui faisait déjà régner la terreur en Haïti sous la présidence de son père se perpétuent. Des milliers d’opposants sont torturés et massacrés. Dominant un peuple totalement muselé, le plus jeune chef d’État au monde circule librement en toute impunité au pillage des ressources de son pays.
Jean-Claude Duvalier et sa distinguée ancienne épouse la fameuse Michèle Bennett sont accusés d’avoir détourné plus de 100 millions de dollars de fonds publics lorsqu’ils étaient au pouvoir. Ces détournements laissent le pays exsangue et provoquent, dès 1984, les premières émeutes de la faim.
Dès l’annonce du décès du dictateur par la ministre de la Sante Publique, Mme. Florance Duperval, le peuple haïtien se sent soulager que le dictateur ne soit plus de ce monde, du coup, il éprouve un grand regret qu’il n’ait pas pu répondre de ses crimes devant la justice. Les auteurs de ce billet présentent leurs sincères sympathies à tous ceux qui ont subi les arrestations arbitraires, les tortures, la déshumanisation, l’emprisonnement, leur détermination de lutter pour obtenir justice. Aussi, aux individus qui ont porté disparus sans que personne n’ose poser de questions pour savoir si ces citoyens avaient été arrêtés, tués ou si, par chance, ils avaient pu prendre l’exil. Nous profitons de la mort du dictateur pour rendre hommage à ces personnes disparues. Étant ambassadrice de la justice sociale, l’auteure (votre servante) éprouve le regret que Duvalier ne puisse pas répondre de ces crimes commis sous son régime.
Certes, on ne se réjouit pas de la mort de quelqu’un. Qu’il soit un dictateur ou une personne de calibre Mère Theresa, c’est quand même un humain. Sur les réseaux sociaux, on pourrait constater que certains internautes ont insulté sans ménagement Jean-Claude Duvalier, et ont pris un vilain plaisir à se réjouir de son départ impromptu. Il n’y a pas de doute que Jean-Claude Duvalier est un criminel notoire, personne ne peut l’ignorer. Y compris le détournement de fond effectué par sa famille et des aides versées à l’État haïtien sous le couvert d’œuvres sociales. Cependant, il reste et demeure un président qui a marqué l’histoire d’Haïti à sa manière. Donc, étant donné son statut d’ancien chef d’État du pays, il a droit à des funérailles officielles/nationales. L’annonce du décès de l’ancien dictateur nous laisse un goût amer. Parti trop tôt pour l’au-delà, une chose est sûre, le tyran du siècle ne sera jamais puni par la justice pour les exactions commises par son régime.
Duvalier est lâché et devient un objet indésirable. La France, le tombeau des dictateurs lève son petit doigt. Elle veut sa part du gâteau. Est-ce que la mort de Jean-Claude, finalement, fera taire toutes les passions, toutes les haines du régime. Qui va-t-on juger maintenant? Qui paiera pour eux? Verrons-nous encore en Haïti des régimes duvaliéristes sans les Duvalier?

Monsieur le président à vie, son excellence Jean-Claude Duvalier. Nous aurions souhaité que votre départ soit léger si vous aviez eu le temps de faire appel à votre conscience pour voir ce que vous auriez pu faire pour le pays et pourquoi vous ne l’aviez pas fait. Aujourd’hui, vous faites face à votre Juge. Le Grand, le Vrai SUPREME. LUI, il est A VIE. ETERNEL. C’est par LUI que tout pouvoir vous a été donné.

En vous rappelant Monsieur le Président à Vie, qu’on meurt partout, A Fort-Dimanche, au Pénitencier National, dans les Casernes Dessalines, à Fort Lamentin, au Cafeteria, au Palais National, à Cité Soleil, à Sainte-Hélène, à Raboteau, à la Fossette, à la maison, au lit chez des amis…Les Sansaricq meurent, les Benoit, les Duvalier aussi (père et fils). Pour la patrie et pour contrecarrer la dictature mourir est beau, alors vous voyez, nous mourrons tous, et ceci sans exception. La mort n’épargne personne, disons mieux, personne n’est au-dessus de la mort.

Que l’on soit Président à vie, Président d’une vie, simple citoyen, prisonniers politiques, opposants, journalistes, artistes engagés pour ne citer qu’eux, on meurt quand même. Tout comme vos victimes, que votre âme repose en paix Monsieur le Président à vie ! Que la paix et la fraternité règnent au sein de nos frères haïtiens que vous aviez divisés pour mieux régner ! Qu’ils soient capables de vous pardonner pour leur avoir fait souffrir ! Que la terre vous soit légère !

r_bourget@yahoo.com
claudyauguste@gmail.com

The Three Acronyms: Islamic State “IS” vs “ISIS” vs ISIL


By Rosie Bourget

Which one means what? Which one does what? The group itself declared in June that it wants to be known as the “Islamic State.“ So what is the difference between the three acronyms, and why does each one of them carries such political resonance? Why do government officials prefer “ISIL”?

The letter “I” has become so popular nowadays, in order to keep up with it, one wonders if one shouldn’t go back to preschool in order to update his/her A B C’s. First we had IPod, IMac, and then IPhone, IPad, IWatch; now we are dealing with IS, ISIS and ISIL. With so many “I” with different meaning, there are tons of reasons to be confused.

The Islamic State of Iraq and Syria (ISIS)

The group began as a splinter from the terrorist group al Qaeda. The original name it in Arabic was Al-Dawla Al-Islamiya fi al-Iraq wa al-Sham. Or the Islamic State of Iraq and al-Sham. The term “al-Sham” refers to a region stretching from southern Turkey through Syria to Egypt (also Lebanon, Israel, the Palestinian territories and Jordan.) The group’s stated goal is to restore an Islamic state, or caliphate, in this entire area. The town of Levant, just outside of Bangor, Maine, was named for the Middle Eastern region back in 1813. Shamis also a contemporary nickname for Damascus, the Syrian capital; but modern-day Syria is called suriya.

The Sandard English term for this territory is “the Levant,” which is broadly why Mr. Obama and Mr Cameron, the British Prime Minister, use the acronym “ISIL.” Nonetheless, some in the US media claim that the president is using “ISIL” to avoid using the word “Syria,” which is what the “S” stands for in ISIS. They say that talking about “attacking Syria” is tricky for the US government, after Mr. Obama refused to send troops into the country to intervene in the civil war against President Bashar al-Assad. Moreover, U.S. officials use ISIL instead of ISIS to emphasize the group’s goal to expand its influence beyond the borders of Syria and Iraq. And adding to the controversy is an American woman called Isis Martinez, who has petitioned the American media to try and persuade them to avoid the use of her first name.

President Obama authorized airstrikes against ISIS at the beginning of August to protect areas ISIS is trying to take over. Shortly after the first airstrikes, the group executed American journalist James Foley. They also executed American journalist Steven Sotloff.

The Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL)

The undefined region around Syria is historically referred to as the Levant; it includes Syria, Lebanon, Israel and Palestine plus Jordan. This name shows that the militants want their area of control to go beyond Iraq. The Obama administration has said that it uses the acronym ISIL As it believes the word “Levant,” which is what the “L” stands for, to be a more accurate translation from the Arabic name.

Islamic State

The militant group announced in June that they were dropping the last two letters of their acronym and instead should be referred to as just “Islamic State”. However, in reaction to this, leading Muslims have called for the name to be altered to discourage people from joining it. “It is neither Islamic, nor is it a State” The group has no standing neither with faithful Muslims nor among the international community of nations” the letter signed by the Islamic Society of Britain and the Association of Muslim Lawyers said.

The militant group was established by the Jordanian national Abu Musab al-Zarqawi in 1999 when it was initially known as Jama’at al-Tawhid wal-Jihad. It then became known as “AL Qaeda in Iraq” after becoming part of Osama bin Laden’s network in October 2004. Since then, the group has operated under numerous guises until its current leader, AbuBakral-Baghdadi, officially declared it had set up an Islamic State across parts of northern Iraq and Syria on
June 29, 2014.

With so much going on around the world, Ebola in West Africa, Chikungunya in the Caribbean, ISIS, ISIl, IS in the Middle East…it would not hurt to conclude this article with a humoristic note by saying: I can see the difference now. Even though I don’t know much about ISIS, I care less about IS, I don’t give a damn about ISIL. Therefore, I pass and I rest my case. So, I will see you soon to talk more about IBama’s response to ISIL. You know what I mean?

isis islamic state

r _ b o u r g e t @ y a h o o.c o m
MSW (Masters of Social Work)
Therapist

COMMENT SUSCITER LE RESPECT DANS LES RELATIONS HUMAINES ?


relation humainePar Rosie Bourget
Les relations humaines constituent les liens que nous tissons au quotidien avec ceux qui nous entourent : conjoints, amis, camarades de classe, collègues, personnes de confiance…toutes relations qui ont pour caractéristique principale d’être choisies et investies affectivement. Dans cette société, bien des gens éprouvent des difficultés à se faire respecter. Celles-ci se rencontrent tant dans la vie professionnelle, sociale que dans la relation de couple. Cette rubrique vous propose quelques astuces qui vous guident vers le respect de soi et pour vous valoriser. Jean Paul Sartre a écrit très justement dans son célèbre « Huit Clos » : « L’enfer, c’est les autres… » Cette petite phrase assassine résume parfaitement la bestialité de notre espèce. Je ne vous fais pas un cours de philosophie ni de sociologie mais juste pour vous dire à quel point les rapports humains sont extrêmement complexes.
Dans une meute, c’est toujours le plus fort qui domine, dirige et impose le respect. Pour mieux se faire respecter au travail et en famille, face à des collègues envahissants et harceleurs comme des parents qui vous mettent la pression psychologiquement, pour que vous vous pliez en quatre pour eux, sans jamais vous féliciter quand vous faîtes une bonne action, mais qui ne savent que critiquer. Imposez vos propres limites dans ce que vous pouvez accepter des autres, tout en respectant aussi les leurs. Restez calme, gardez le contrôle et ne vous laissez pas submerger par vos émotions (colère, tristesse, peur …). Gardez votre dignité.
Parlez fort, distinctement, sans pour autant crier. Ayez la voix « qui en impose » et qui convaincre naturellement l’autre que vous savez ce que vous voulez et que vous vous y tiendrez. Répondez simplement « très bien » à toutes questions du genre « Comment vas-tu ? ». Evitez de vous plaindre surtout quand vous êtes face à des gens dont vous soupçonnez qu’ils pourraient exploiter vos « faiblesses ». Restez vous-même, n’essayez pas de vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas.
Considérez qu’il est juste normal de se faire respecter et que ce respect n’est pas négociable, c’est un droit essentiel dans les relations humaines. Soyez déterminé(e) à arrêter de subir les événements. Reprenez le contrôle de votre vie, car vous êtes, seul(e), maître de votre destin. C’est aussi être capable de dire « non ». Et surtout, respectez-vous d’abord vous-même. Cela veut dire aussi penser à vous, en ne sacrifiant pas systématiquement vos besoins, envies et plaisirs au profit de ceux des autres.
Apprenez à vous aimez; sachez déceler en vous vos points les plus forts, vos plus grandes qualités, vos savoirs faire, vos savoirs être, ce que vous aimez de jolis en vous physiquement et mettez le(s) en valeur sans vulgarité. Ne parlez pas des doutes que vous pourriez avoir sur vous-même (dans quelque domaine que ce soit). Ne vous répandez pas en confidences, si ce n’est éventuellement avec des personnes dignes de confiance. N’ayez pas peur de montrer qui vous êtes, ce qui vous anime. N’ayez pas honte de votre éducation, de vos parents, de vos origines, de votre niveau scolaire, de ce que vous ne savez pas faire, de ce que vous n’être pas.
Supprimez les efforts que vous faites naturellement pour être aimable en toutes occasions. Votre gentillesse doit se mériter et ne pas être acquise aveuglément. Ne faites aucune concession par rapport aux valeurs personnelles que vous défendez. Faites abstraction du regard des autres et soyez qui vous avez envie d’être ou qui vous êtes au fond de vous. Partez du principe que l’on ne peut pas plaire à tout le monde. Souvent, les personnes malheureuses sont des crabes, elles veulent entraîner dans leur chute d’autres personnes. Elles sont condamnées aux échecs sentimentaux à répétition, abonnées aux histoires qui ne mènent à rien ou tout simplement aux relations médiocres. Soyez gentil mais avec mesure car de nos jours la gentillesse signifie pour certains la peur ou l’idiotie. Lorsque l’on vous insulte, vous manque de respect, vous ironise, se moque de vous ou vous crie dessus, répondez avec classe, d’un air supérieur, digne d’une personne bien éduquée.
Ne sacrifiez rien de ce que vous êtes. Si être en couple implique nécessairement un juste équilibre de grands compromis et de petits sacrifices qui aident à se comprendre et à vivre ensemble, il est en revanche inacceptable que l’autre vous demande de changer vos goûts, votre personnalité. Être aimé c’est l’être pour ce que l’on est, et non pour ce que l’on pourrait être. Chacun mérite d’être heureux, alors si vous ne l’êtes pas, apprenez à réfléchir, à distinguer l’ivraie du bon grain, et à aller chercher ailleurs ce dont vous avez réellement besoin. La nature a horreur du vide. N’hésitez pas à sortir, à vivre, à respirer, votre bonheur vous appartient. Une relation ne doit pas être synonyme de souffrance ou de dépendance mais de bonheur et de bien-être.
r_bourget@yahoo.com
MSW (Masters of Social Work)

MALALA : LA PLUS JEUNE RÉCIPIENDAIRE DU PRIX NOBEL


Par Rosie Bourget

malala
Quel contraste ! Alors que Jean-Caude Duvalier fut le plus jeune président-dictateur au monde, Malala est la plus jeune récipiendaire du Prix Nobel. Connue pour sa défense du droit à l’éducation des jeunes filles dans son pays, victime d’une attaque par un groupe lié aux talibans, la jeune fille pakistanaise Malala Yousafzai, est lauréate du Prix Nobel de la Paix 2014. Excellent choix de distinguer cette militante, cette courageuse « petit bout » de femme qui est une vraie résistante, une leader en herbe.
Depuis des années, l’adolescente, de loin la lauréate la plus jeune en 114 ans d’histoire du Nobel, milite pour le droit des filles à l’éducation, ce qui lui a valu d’être la cible d’une tentative d’assassinat qui a failli lui coûter la vie il y a deux ans presque jour pour jour, le 9 octobre 2012. L’adolescente était à l’école, à Birmingham (Angleterre), où elle vit depuis qu’elle y a été opérée après la tentative d’assassinat, lorsque le prix lui a été attribué, selon une porte-parole de l’entreprise de relations publiques qui gère son image.
Et dire que chez nous les filles de 17 ans n’optent pas pour l’enseignement, l’adolescente, la leader des enfants sans voix qui n’est âgée que de 17 ans, voit son combat en faveur de l’éducation des jeunes filles récompensé. Selon les Nations unies, 57 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés dans le monde, dont 52% de filles.
Le choix du comité norvégien prend un relief particulier à la lumière de l’enlèvement le 14 avril dernier au Nigeria de 276 lycéennes par le mouvement islamiste Boko Haram, dont le nom signifie «L’éducation occidentale est un péché». Cet épisode a choqué la planète et déclenché un vaste mouvement de mobilisation «Bring back our girls» («Ramenez nos filles») auquel Malala a pris part aux côtés notamment de célébrités comme Hillary Clinton. À travers son combat héroïque, Malala Yousafzai est devenue une porte-parole de premier plan en faveur de l’éducation des jeunes filles.
L’adolescente pakistanaise était «à l’école comme d’habitude» vendredi matin à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, lorsqu’on lui a attribué le prix. Elle devait donner une conférence de presse plus tard dans la journée. Malala est «la fierté du Pakistan», s’est félicité le Premier ministre Nawaz Sharif dans un communiqué publié quelques minutes après l’attribution du prix.
La nouvelle est venue d’Oslo à 11 heures (heure de Paris). Lors d’une conférence de presse à Birmingham, en Angleterre, Malala s’est dite «fière d’être la première Pakistanaise et la première jeune femme» à obtenir le prix Nobel de la paix. «Cette récompense est pour tous les enfants sans voix, et qui doivent être entendus», a-t-elle ajouté. «Cela ne va pas m’aider, car je vais bientôt passer mon Bac, mais je suis ravie», a-t-elle souligné avec humour.
Durant son intervention, Malala a également demandé aux Premiers ministres pakistanais et indien, Narendra Modi et Nawaz Sharif, d’assister à la remise du Nobel de la Paix le 10 décembre. Les relations entre les deux sont tendues depuis la partition de l’Inde britannique en 1947. Symbole mondial de la lutte contre l’extrémisme religieux, elle avait déjà reçu, le 20 novembre 2013, le prestigieux prix Sakharov pour les droits de l’homme au Parlement européen.
A 17 ans, la jeune militante pour le droit à l’éducation devient la plus jeune Prix Nobel de la paix et la seizième femme récompensée. Elle succède au Britannique d’origine australienne Lawrence Bragg, qui avait 25 ans lorsqu’il a partagé le prix Nobel de physique avec son père en 1915. En 95 prix remis à 128 lauréats, c’est la 29e fois que le prix Nobel de la paix est remis conjointement à deux personnes.
Rappelons pour l’histoire, Malala n’a pas eu la chance de vivre pleinement son adolescence. A 15 ans, elle a été la victime d’un attentat à Mingora, lorsqu’en 2012, deux membres des talibans ont montés dans le bus scolaire, lui avaient tiré dessus, la blessant grièvement à la tête, en raison de sa campagne en faveur de la scolarisation des jeunes filles au Pakistan. Depuis, elle a rarement quitté l’œil des médias, qui ont suivi son rétablissement physique, son premier jour dans sa nouvelle école, la signature d’un accord avec un éditeur pour publier son livre… Elle a enchaîné les discours, le plus connu étant son éloquente allocution, très remarquée, aux Nations unies en juin 2013 : « Prenons nos cahiers et nos crayons. Ce sont nos armes les plus puissantes », avait alors clamé la jeune fille. Apres la sortie de son bouquin « Je Suis Malala », qui est interdit par la Fédération des Écoles Privées de Pakistan, elle est devenue une icône, une modèle pour les enfants, une voix sonore qui est entendue dans le monde entier.
L’Indien Kailash Satyarthi, l’autre récipiendaire du Prix Nobel de la paix, a estimé que ce prix constituait une « reconnaissance » de son « combat en faveur des droits des enfants ». « Je remercie le comité Nobel pour cette reconnaissance de la détresse de millions d’enfants qui souffrent », a-t-il ajouté, « ravi » de ce prix, selon des propos rapportés par l’agence Press Trust of India.
Le Co-récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, Kailash Satyarthi a dirigé des manifestations contre l’exploitation des enfants, réduits à l’état d’esclaves dans les usines indiennes où ils effectuent des tâches pénibles à longueur de journée et sont victimes de violences, y compris sexuelles.
Devenus l’héroïnes du Pakistan et de l’Inde, le Prix Nobel ne pouvait pas aller à de meilleures personnes, en particulier la courageuse Malala. Justice lui est rendue en quelque sorte avec la plus prestigieuse des récompenses. Bravo Malala, Bête noire des talibans qui ont attenté à sa vie à cause de son engagement pour l’éducation des filles, Malala Yousafzai a reçu vendredi 10 octobre 2014 le prix Nobel de la paix, aux côtés de Kailash Satyarthi, activiste indien pour les droits des enfants. Son combat ne fait que commencer dans ce vaste monde musulman en dérive. Son combat doit servir d’exemple et rappeler qu’il fut un temps ou de vrais musulmans loin des idées intégristes, ont failli créer le paradis sur terre à Andalousie en s’associant aux gens du livre chrétiens.
Etant mère de deux filles, je ne peux que me réjouir de cette nomination bien méritée. Il y a des milliers de victimes comme Malala en Afghanistan, au nord-Pakistan et travers le monde. Le comité a tenu à remettre le prix à un hindou et à un musulman, qui sont aussi respectivement un Indien et une Pakistanaise, dans un combat commun pour l’éducation et contre les extrémismes. Désormais installée en Grande-Bretagne dans la région des West Midlands, Birmingham, où elle a été soignée, où son père a occupé le poste de l’Education Attaché consulat du Pakistan, Malala Yousafzaï a créé une fondation à son nom et soutient les campagnes en faveur de l’éducation des enfants, en particulier au Pakistan, au Nigeria, en Jordanie, en Syrie et au Kenya.
Le prix Nobel de la paix a été décerné conjointement à la Pakistanaise Malala Yousafzaï et à l’Indien Kailash Satyarthi, tous deux activistes des droits des enfants. Agé de 60 ans, Kailash Satyarthi s’inscrit pour sa part « dans la tradition de Gandhi », selon les termes du comité Nobel, qui rappelle que cet Indien a « dirigé diverses formes de contestation et de manifestations, toutes pacifiques, contre la grave exploitation des enfants à des fins de profits financiers ». Le comité Nobel dit avoir accordé une importance particulière au fait d’avoir récompensé simultanément un hindou et une musulmane, un Indien et une Pakistanaise. Le prix sera remis aux deux lauréats à Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. Malala Yousafzaï est la “ fierté du Pakistan”. En espérant qu’avant la fin du siècle, un lavalassien et un duvaliériste ou un évangéliste et un vaudouisant seront la « fierté d’Haïti » qu’est la Perle des Antilles.

r_bourget@yahoo.com
MTS (Maitrise en Travail Social)

Mourir Pour Une Cause Perdue : L’histoire De Tony Bloncourt


Par Rosie Bourget

Ce billet retrace l’itinéraire d’un jeune communiste haïtien presque ordinaire dans des années extraordinaires qui a rejoint la résistance intérieure française contre l’Occupation de la France par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Mort à l’âge de 21 ans pour une cause noble, Louis Bloncourt, dit Tony, un jeune martyre de la résistance à signaler.

Né le 25 février 1921 à Jacmel, élevé par les Pères du Saint-Esprit, c’est un jeune homme à la peau légèrement café au lait qui est issu d’une famille d’enseignants et d’intellectuels guadeloupéens, originaires de Marie-Galante, et installés en Haïti dans l’immédiat après-guerre. Son père, qui avait fait la guerre de 1914-1918, en était revenu grièvement blessé, ainsi que son oncle, Elie Bloncourt, grand aveugle de guerre (ancien député socialiste de l’Aisne), il fondera, en 1941, la première revue socialiste clandestine, « Socialisme et Liberté ».

Fin 1938, Tony vient à Paris pour y poursuivre ses études ; il y habite chez sa tante Yolande. En 1939, au moment de l’avance allemande sur Paris, il écrit à son père pour lui demander l’autorisation de s’engager, car il n’a pas l’âge requis. Dès 1940, il prend part, en août et septembre, aux premières actions organisées au Quartier latin avec son inséparable ami Christian Rizo. Il est naturellement de toutes les manifestations, celles en faveur du grand savant Paul Langevin arrêté le 30 octobre, ainsi que celle du 11 novembre 1940. Il est de toutes les actions, notamment les plus dangereuses, les missions armées menées par la jeunesse communiste du XIe arrondissement.

Fin août, lors d’un entraînement du groupe dans le bois de Lardy, Tony Bloncourt explique à ses camarades pourquoi, quelques jours plus tôt au métro Bastille, alors qu’il avait le revolver appuyé dans le dos d’un officier allemand, il n’a pu tirer : « À cette minute précise je n’ai pas vu un nazi, je n’ai vu qu’un homme ». Tuer un homme est difficile pour un humaniste.

Arrêté au Quartier latin, le 6 janvier 1942, jugé publiquement avec six autres membres des Bataillons de la jeunesse par un tribunal militaire allemand, le conseil de guerre de Paris, le 7 mars 1942, dans le cadre exceptionnel de l’Assemblée nationale; reconnu coupable de dix-sept actions armées et sabotages, il est exécuté quelques semaines plus tard à la forteresse du Mont Valérien, à Suresnes, après un simulacre de procès d’étudiants communistes mis en scène au Palais-Bourbon. Les étudiants parisiens peuvent être fiers de Tony Bloncourt et de Christian Rizo, tombés côte à côte, le 9 mars 1942, avec leurs jeunes camarades ouvriers : Peltier, Milan, Zalkinow, Hanlet et Semahya. Ses tantes et ses cousins seront ou arrêtés ou déportés.

Tony Bloncourt est le petit-neveu du député communard Melvil Bloncourt. Tony et ses camarades sont inhumés dans une fosse commune à Ivry-sur-Seine. Le commissaire de police responsable de l’arrestation des sept jeunes condamnés a obtenu ses indemnités pour sa retraite de policier.

Lettre d’un humaniste avéré (document original exposé au musée de la Résistance Nationale Champigny sur Marne), don de Gérald Bloncourt, frère de Tony Paris- Prison de la Santé, 9 mars

1942Tony Bloncourt et sa lettre

Maman, papa chéris, Vous saurez la terrible nouvelle déjà, quand vous recevrez ma lettre. Je meurs avec courage. Je ne tremble pas devant la mort. Ce que j’ai fait, je ne le regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté ! Je regrette profondément de quitter la vie car je me sentais capable d’être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur. J’ai compris combien la structure sociale actuelle est monstrueusement injuste. J’ai compris que la liberté de vivre, ce que l’on pense, n’est qu’un mot et j’ai voulu que ça change. C’est pourquoi je meurs pour la cause du socialisme.

J’ai la certitude que le monde de demain sera meilleur, plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. Je garde la certitude que le monde capitaliste sera écrasé. Que l’ignoble exploitation cessera. Pour cette cause sacrée, il m’est moins dur de donner ma vie. Je suis sûr que vous me comprendrez, Papa et Maman chéris, que vous ne me blâmez pas. Soyez forts et courageux. Vous me sentirez revivre dans l’œuvre dont j’ai été l’un des pionniers. Mon cœur est plein de tendresse pour vous, il déborde d’amour. Je vois toutes les phases de cette enfance si douce que j’ai passé entre vous deux, entre vous trois car je n’oublie pas ma Dédé chérie.

Tout mon passé me revient en une foule d’images. Je revois la vieille maison de Jacmel, le petit lycée, les leçons de latin et M. Gousse. Ma pension au petit séminaire et le retour des vacances, mon vieux Coucoute que j’aurais voulu guider à travers la vie et mon petit Gérald. Je pense à vous de toute ma puissance, jusqu’au bout, je vous regarderai. Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j’aurais voulu consacrer ma vie à la science.

Que Coucoute continue à bien travailler, qu’il se dise que la plus belle chose qu’un homme puisse faire dans sa vie, c’est d’être utile à quelque chose. Que sa vie ne soit pas égoïste, qu’il la donne à ses semblables quelle que soit leur race, quelles que soient leurs opinions. S’il a la vocation des sciences qu’il continue l’œuvre que j’avais commencé d’entreprendre ; qu’il s’intéresse à la physique et aux immortelles théories d’Einstein, dont il comprendra plus tard l’immense portée philosophique.

Que mon petit Gérald, lui aussi, travaille bien et arrive à quelque chose. Qu’il soit toujours un honnête homme.

Maman chérie, je t’aime comme jamais je ne t’ai aimée. Je sens maintenant tout le prix de l’œuvre que tu as entreprise en Haïti, continue d’éduquer ces pauvres petits Haïtiens. Donner de l’instruction à ses semblables est la plus noble tâche !

Papa chéri, toi qui es un homme et un homme fort, console Maman, sois toujours très bon pour elle en souvenir de moi.

Maman Dédé chérie, tu as la même place dans mon cœur que Maman. Tous, vivez en paix et pensez bien à moi. Je vous embrasse tous bien fort comme je vous aime. Tout ce que j’ai comme puissance d’amour en moi passe en vous. Papa, sois fort.

Maman je te supplie d’être courageuse. Maman Dédé, toi aussi. Mon vieux Coucoute et mon vieux Gérald, je vous embrasse bien, bien fort. Il faut aussi embrasser maman Tata bien fort. Pensez à moi. Adieu !

Votre petit Toto.

Pour raccourcir une longue histoire, la famille Bloncourt a été durement marquée par la Grande Guerre. Yves Bloncourt, le père de Tony, a été grièvement blessé en 1917. Yves débarque avec sa femme en Haïti en 1920, avec des rêves de fortune. Leur premier fils, Louis, rapidement surnommé Tony, naît le 25 février 1921. Le couple se lance alors dans la plantation du café et des figues-bananes, mais un cyclone ravage l’entreprise en 1926. La famille déménage et le père se lance avec profit dans le négoce du café. Tony et ses deux frères, Claude et Gérald, étudient dans la pension la plus chic de Port-au- Prince.

Le jour de son exécution et de ses camarades, le 9 mars 1942, L’Humanité clandestine publie un article qui accuse Spartaco Guisco d’être un traître. Il vient d’être arrêté, il est torturé, il ne parlera pas et sera fusillé ; « Mais le parti tue une première fois cette graine d’anarchiste italien, ce brigadiste incontrôlable, en le plongeant dans la fosse aux calomnies ».

Par la volonté de sa mère, une messe sera célébrée à la cathédrale de Port-au-Prince, à la mémoire de Tony. En 1992, on a inauguré une nouvelle plaque souvenir en hommage à Tony et à ses camarades, dans le 11e arrondissement. Mais le parti communiste a voulu rayer de sa mémoire les Bataillons de la jeunesse. Tandis qu’ils envoyaient à Moscou des communiqués se glorifiant des attentats contre les officiers allemands, les responsables clandestins du parti refusaient de revendiquer ouvertement ces attentats, par crainte des réactions de l’opinion publique.

Á la Libération, le parti trouva que leurs noms avaient de regrettables consonances étrangères et il choisit ses héros, ne retenant que Pierre Georges, le Colonel Fabien, et Guy Mocquet. Brustlein, de retour en France, fut ostracisé par le Parti, qu’il finit par quitter. Le Parti chercha même à l’effacer de son histoire, oubliant systématiquement de le citer lors des commémorations. Le colonel Rol-Tanguy le traita même de salaud et de traître. Le 20 octobre 1991, à Château briant, tandis que Georges Marchais (travail leurs volontaire en Allemagne sous l’Occupation) commémorait devant un parterre de 1 500 invités, le martyre des fusillés, Gilbert Brustlein, qui voulut prendre la parole, fut expulsé par le service d’ordre du Parti et insulté par des militants. Sur ce triste et déplorable aspect de la mémoire communiste, on se reportera à l’épilogue du livre de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, intitulé Légende, mémoire et histoire.

Tony Bloncourt est mort pour ses idées. Ses motivations sont clairement explicitées dans sa lettre : « J’ai la certitude que le monde de demain sera meilleur, plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. Je garde la certitude que le monde capitaliste sera écrasé. Que l’ignoble exploitation cessera. Pour cette cause sacrée, il m’est moins dur de donner ma vie ». Si jeune soit-il, Tony fut l’un des premiers à prendre les armes contre l’occupant nazi. Quand je pense à tous nos ancêtres qui sont morts pour libérer Haïti de la France, je me suis dit qu’il faut publier cette lettre si émouvante, question de faire connaître ce brave homme à tous les Haïtiens à part entière, qui souhaitent voir une Haïti prospère. Je me rejoins à lui pour crier contre l’injustice dont les faibles et les sans voix sont victimes. L’exploitation de l’homme par l’homme, l’exploitation d’Haïti « la vache à lait » par la France. Comment peut-on l’oublier ! À moins qu’on souffre d’amnésie rétrograde.

Condamné à la peine capitale, c’est grâce à des hommes comme Tony et Martin Luther King que nous pouvons jouir de la liberté dans laquelle nous vivons aujourd’hui. C’est grâce à Dessalines que n’importe qui sans lecture ni écriture, sans aucunes qualifications requises peut occuper n’importe quelle place en Haïti. Les résistants avaient en commun l’idée de refonder une nouvelle République, pendant qu’en Haïti les jeunes de leur âge œuvrent pour le kidnapping. Quel courage fallait-il, à ce jeune homme de 21 ans, « Tony Bloncourt », pour participer à ces actions de résistance au point de donner sa vie pour une cause sacrée !

Et du train où vont les choses, je me demande si l’on peut espérer un monde meilleur, comme a dit l’autre « Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir». Un proverbe qui a une large connotation biblique. Dans Le Nouveau Testament, Ecclésiaste 9:2, on trouve : « Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance ; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort ». On l’attribue souvent à une citation du poète grec Théocrite (311-260 av. J.-C.), « L’espérance reste aux vivants », qui se trouve dans le dialogue entre Corydon et Battus, Les Bergers, Idylle IV. Sénèque, (philosophe romain vers 4 avant – 65 après J.-C.) rapporte ces paroles : Omnia… homini, dum vivit, sperandasunt, littéralement : « toutes choses peuvent être espérées pour l’homme, tant qu’il vit ». Ces mots auraient été ceux d’un citoyen de Rhodes en prison, en réponse à quelqu’un qui lui conseillait de refuser la nourriture qu’on lui jetait comme à un chien. Alors, espérons ce monde meilleur pendant qu’il est encore temps.

r_bourget@yahoo.com

MTS (Maîtrise en Travail Social)