« Haïti, Cent Ans d’Histoire (1915-2015) et de Gouvernance » (première partie)


Un billet de Rosie Bourget et de Claudy B. Auguste

ColombNouveauMonde

Fin de juillet de l’année 1915, régnaient des moments de tension les plus intenses qu’a connus Haïti, au tout début du XXème siècle. Deux présidents assassinés en un seul jour. Le 27 juillet 1915, mort de Vilbrun Guillaume Sam et d’Oreste Zamor, le même jour. Ce dernier, Emmanuel Oreste Zamor, Président d’Haïti de février à octobre 1914, est assassiné au pénitencier de Port-au-Prince où il était détenu. L’assassinat de Roger Lafontant, en 1991, n’a pas fait l’histoire. Puis l’enceinte d’un consulat violé. Le Président Vilbrun Guillaume Sam, qui, à la suite de troubles graves dans le pays, s’était réfugié à la Légation française, en est extirpé et lynché par une foule hostile qui traîne son cadavre à travers les rues de Port-au-Prince. La dernière goutte d’eau transvasée fut de trop.

Un siècle plus tard, comme aurait pu si bien dire l’Honorable Député « Yes, I ya », nous célèbrerons dans la joie cet anniversaire au Champ-de-Mars. Carnaval des Fleurs, version 4 oblige. Probablement. Notre bien-aimé patrie qui patauge encore dans une misère accrue et un sous-développement inhumain et dégradant, vu l’absence immédiate d’infrastructures urbaines, en Cent Ans d’histoire, fut dirigé par des Hommes de Droit, des Généraux, un médecin, un prêtre, un agronome, un musicien-chanteur à succès…Toutefois la plaie rongeant le pays, pas aucun d’entre eux, pour ne pas dire tous, n’a jamais été touchée directement du doigt. « Maleng nan gwo anpil ».

Les responsables chargés de la gestion de nos villes négligent cet aspect de la vie urbaine, et parfois même y contribuent énergiquement. Et comment expliquer ou accepter que les villes restent ainsi, chargées et débordant de détritus, entourées d’ordures diverses, et cela même dans les quartiers les plus huppés et les plus chics ? Nos villes sont tellement sales qu’on ne fait même plus attention à tous ces déchets qui encombrent nos avenues et nos rues. Nous ne remarquons cela que quand les employés des services urbains de propreté et d’autres entités entrent en grève et laissent des monticules, des montagnes de détritus salir et polluer l’espace urbain… C’est un peu comme si l’on avait commencé à admettre un seuil minimum de saletés dans les rues…

D’autres problèmes peuvent être relevés dans cette belle nation qui est la nôtre, comme par exemple la question du respect du Code de la route, du comportement des piétons et de leur relation avec les règlements de circulation. Les conducteurs d’engins (autos, bus, motos…) ne respectent pas les passages protégés, mais il faut reconnaître que les piétons non plus ne leur marquent aucun intérêt.

Certes, il s’agit d’un problème de comportement des uns et des autres, mais cela peut également s’expliquer par le manque d’infrastructures et/ou par des installations défaillantes. Le propos ici n’est pas de minimiser ou de ne pas reconnaître la responsabilité des piétons dans leur attitude peu ou pas citoyenne, mais de rappeler que la faute incombe aussi aux responsables urbains qui ne veillent pas assez à assurer et aménager ces espaces de marche.

Nous ne pouvons donc reprocher aux seuls citoyens de ne pas se déplacer sur les trottoirs car ces derniers, dans la plupart des cas et quand ils existent, sont déjà encombrés par ces choses que nous connaissons tous (condoms, haillons, matières fécales, voitures abandonnées…), bien qu’il faille aussi admettre ce curieux comportement des piétons consistant à marcher en parallèle d’un trottoir, parfois même à quelques mètres, sur la chaussée.

Reprocher aux gens leur manque de civisme est une chose pourtant essentielle car ce civisme est bien souvent, trop souvent, étranger à l’esprit des haïtiens. Exhorter les citoyens à modifier leurs habitudes est aussi une chose fort recommandable et recommandée car cela entre dans le cadre de la sensibilisation. Mais il est aussi très important de réaliser les infrastructures nécessaires pour encourager les populations à se montrer plus respectueuses des règles, et des trottoirs.

Et puis, une autre question d’importance, les aménagements de ces trottoirs… en Haïti, être une personne aux besoins spécifiques est un véritable calvaire. La plupart des trottoirs, pour ne pas dire presque tous, sont conçus sans pentes pour fauteuils roulants ou poussettes pour bébés. Il existe même certains trottoirs difficiles à emprunter par des personnes disposant de toutes leurs aptitudes physiques, eu égard à leur hauteur inexpliquée et inexplicable. Les architectes urbanistes, les administrations, ne pensent-ils donc pas, pensent-ils donc si peu, aux personnes handicapées ou aux jeunes mamans avec leurs nourrissons, c’est-à-dire ces personnes qui ont besoin d’aménagements dédiés ? Une question importante, que les édiles et les ingénieurs municipaux devraient plus et mieux prendre en considération.

Autre chose, les espaces réservés (si par hasard il y en a) aux « parkings » pour personnes handicapées ou à mobilité réduite. Dans des supermarchés et des édifices publiques, de tels emplacements seraient prévus et surmontés d’un écriteau portant cette belle et intéressante mention : « Si vous voulez prendre ma place, prenez donc aussi mon handicap ». Des gardiens seraient même prévus pour empêcher les personnes sans handicap de garer leurs véhicules à ces places réservées.

Voilà donc une heureuse initiative que nos responsables urbains seraient bien inspirés de suivre, en appliquant la logique et le processus suivants : aménager ce qui doit l’être là où il y a lieu de l’être, puis sensibiliser les gens à respecter ces aménagements et, enfin, entreprendre les actions nécessaires pour les inciter à modifier leurs comportements. La décision du propriétaire montrerait que telle chose est très aisément concevable, même si elle doit prendre du temps avant d’entrer réellement en application et d’être respectée par tous.

La gestion des villes requiert une vision stratégique sur ce que nous voulons être à moyen et long terme. L’évolution des attitudes de chacun et de tous, le changement des modes de vie prend naissance de ce type de détails.

Les hommes de loi, tels les présidents Borno, Roy, Vincent…Jonassaint, Boniface Alexandre…ne se sont pas penchés sur une vraie réforme du système judiciaire du pays. Ou n’ont-ils pas voulu ou c’était loin de là leur mission. Quelle mission! Sommes-nous encore au fond d’une gouffre? Des lois, arrêtés présidentiels, arrêtés communaux datant du IXX ème siècle, sont encore aujourd’hui en vigueur. Parlant des militaires, par force de garder un statu quo en refusant d’envoyer l’armée protéger les frontières, ils ont travaillé à sa perte. Une si belle institution hiérarchisée. Haïti dont la superficie terrestre est deux fois moins inférieure à celle limitant ses hautes mers, avait de quoi se doter d’une marine forte. Mais l’armée était beaucoup plus forte dans la répression de manifestants pouvant les empêcher de faire et de défaire des gouvernements…à suivre.

r_bourget@yahoo.com
(MSW) Masters of Social Work
Author
Claudyauguste@gmail.com
Journaliste/Romancier(Ania La Princesse)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s