« Haiti, Cent Ans d’Histoire (1915-2015) Et De Gouvernance » (suite et fin)


Un billet de Rosie Bourget et de Claudy B. Auguste

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Avec un médecin pour presque 1000 habitants, le président-médecin « élu » en 1957, n’avait-il pas raté sa vocation. Lui qu’on voyait souvent porter une arme à feu pour sa propre protection ou « pou kraponnen » les irréductibles. La présence des matrones était beaucoup plus mises en valeur que des médecins, dans les hôpitaux et dispensaires de la République. Ainsi, même aujourd’hui malgré cette carence constatée, et en dépit du nombre élevé de diplômés des universités étrangères (Cuba, Mexique, RD…), est-il pénible d’assister à la mise à l’écart de beaucoup d’entre eux. L’intégration se fait aux compte-gouttes.

L’haïtien, en lui-même, est de nature paisible. Il danse quand il devrait pleurer. Il chante quand il devrait parler. Il est comme un ruisseau suivant tout droit sa course vers l’embouchure. Si des directives de déviation lui sont données, il épouse la forme de la courbe. A l’arrivée d’un prêtre au pouvoir, l’homme haïtien avait toutes les possibilités, selon le cri d’alarme lancé, de vivre en parfaite harmonie avec ses frères et de renforcer notre devise. Mais tout le contraire. Le prêtre fit déposer l’écharpe présidentielle dans un « layé » comme pour dire qu’un démon se trouve désormais au contrôle. Et des preuves n’en manquent pas…Tout par lui, et avec lui.

Réforme agraire, là où le bas blesse. Dessalines a payé de sa peau de plusieurs balles, pour avoir osé. L’agronome au Palais, en fin du XIXème pouvait-il faire mieux. Pourtant, ils (son équipe) répètent à satiété qu’Haïti est un pays essentiellement agricole. N’était-il pas à sa place pour passer de mots à la réalité. L’art de diriger n’est pas donné à tout le monde. Préval avait passé 10 ans au pouvoir, il avait essayé un programme de réforme agraire qui n’a rien apporté de positif comme résultat. Il y a ce qu’on appelle le “MAFETOU”, “Je peux le faire aussi” Gouverner en Haïti c’est juste donner l’impression qu’on fait quelque chose. En d’autres mots, (make believe).

Quand on regarde la gamme des différents secteurs, production et distribution des vivres, hygiène, santé et habitat, disponibilité en eau potable, conditions de travail, surtout pour les femmes, durée de la vie, et autres indices sociaux et économiques, le tableau d’ensemble qui se dégage est décevant, soit qu’on le considère en lui-même, soit qu’on le compare aux données correspondantes des pays plus développés.

Et ce n’est peut-être pas le mot le plus approprié pour décrire l’exacte réalité, en ce sens qu’il peut donner l’impression d’un phénomène stationnaire. Il n’en est pas ainsi. Dans la marche des pays développés et en voie de développement, on a assisté, ces dernières années, à une vitesse d’accélération différente qui contribue à augmenter les écarts, de sorte que les pays en voie de développement, spécialement les plus pauvres, en arrivent à se trouver dans une situation de retard très grave.

Enfin, dans le tumulte des ambitieux voulant gravir les perrons inexistants depuis le 12 janvier 2010, du Palais National, surgit un musicien-chanteur. Il a tous les mérites, quitte à l’admettre. Aucun de ses prédécesseurs n’a appliqué mieux que lui un savoir-faire. En trois ans au pouvoir, six (6) carnavals, dans un pays frappé d’un deuil meurtri en 2010 avec un taux de croissance alarmant, et un taux de chômage grandissant, sont organisés.

L’autre symptôme, commun à la plupart des pays, est le phénomène du chômage et du sous-emploi. Qui ne se rend compte de l’actualité et de la gravité croissante d’un tel phénomène dans un pays comme le nôtre ? S’il paraît alarmant dans les pays en voie de développement, avec leur taux élevé de croissance démographique et le grand nombre de jeunes au sein de leur population, dans les pays de fort développement économique les sources de travail vont, semble-t-il, en se restreignant, et ainsi les possibilités d’emploi diminuent au lieu de croître.

Ce phénomène, avec la série de ses conséquences négatives au niveau individuel et social, depuis la dégradation jusqu’à la perte du respect que tout homme ou toute femme se doit à soi-même, nous invite, lui aussi, à nous interroger sérieusement sur le type de développement réalisé en Haïti au cours de ces vingt-huit dernières années (1986-2014).

Si élections, il y en aura, il reste aux votants maintenant de combler le parlement de plus de musiciens possibles, qui, par la multiplication et l’organisation de réjouissances populaires, donneront un sens à leur existence. Et ainsi balance l’alchimie de leur vie.

Et les mamelles de la diaspora ne produiront pas toujours du lait en quantité suffisante, qu’on se le dise. Qu’ils le sachent. Mais heureusement qu’il existe encore des visionnaires pour venir avec des lanternes, et s’il le faut les allumer en plein jour du midi, pour nous éclairer les idées, nous ouvrir les yeux. Ils nous diront que l’été n’est jamais permanent, et sans le vouloir et le chercher, arrive toujours l’hiver. Et à Jean de La Fontaine dans « La Cigale et la Fourmi » de tirer des conclusions alarmantes qui peuvent gouverner notre vie, si, bien sûr, nous le voulions bien:

« La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

Pour une Haïti prospère, mettons de côté nos égos et le fanatisme. Enterrons la hache de guerre afin que le pays puisse finalement renaitre de ses cendres. Cessons de pratiquer la Loi du Talion, « Œil pour œil dent pour dent », qui apparaît en 1730 avant JC dans le code d’Hammourabi, alors roi de Babylone. Arrêtons de répéter à longueur de journée comme des « jacots », « l’haïtien est le premier Peuple Noir indépendant dans le monde», une indépendance qui ne vaut pas grand-chose, qui ne nous sert prèsqu’à rien, sinon qu’augmenter notre misère. Et qu’ « Haïti est un pays essentiellement agricole » alors que nous ne faisons rien pour développer l’agriculture. Même le citron, la banane…, c’est le pays limitrophe (Saint Domingue) qui nous les procure. N’est-ce pas une HONTE, pour un pays essentiellement AGRICOLE ? De quelle agriculture parlons-nous lorsque le peuple meurt de faim, mange de la boue ?
Puisqu’il y a une carence d’homme ayant la compétence requise pour diriger le pays, par conséquent, il est, en toutes circonstances, impératif de solliciter l’aide des professionnels de toute tendance afin d’éviter qu’Haïti s’effondre davantage dans la médiocrité.
Si l’on pourrait vivre dans un monde différent, dominé par le souci du bien commun de toute l’humanité, c’est-à-dire par la préoccupation du «développement spirituel et humain de tous», et non par la recherche du profit individuel, la paix serait possible comme fruit d’une «justice plus
parfaite entre les hommes».

r_bourget@yahoo.com
(MSW) Masters of Social Work
Auteur
Claudyauguste@gmail.com
Romancier

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